Me revoilà à Oeiras. Je suis parti puis je suis revenu… La balade fut un peu courte. On n’a même pas quitté le chenal d’approche du port, ou à peine.

 

Mon étrave pointait le premier pont du Tage qu’un des enfants a confondu avec le Golden Bridge. Gérard ronronnait paisiblement parce que le vent jouait de nouveau les Arlesiennes. Le pilote, celui qui ne sait barrer que par pétole, gérait le cap tandis que certains membres de l’équipage s’activaient à dénouer les cabestans des pare-battes et à lover avec amour les aussières. Je crois que de l’eau n’allait pas tarder à bouillir pour une tisane. On n’était donc pas mal quoi…J’étais bien content à l’idée de faire plonger l’ancre et de faire défiler les fonds sous ma coque.

Et puis là, sans crier gare, Gérard s’est mis à bouder d’un coup ! Il s’est pris la tête avec un bout’ qui traînait entre la coque et le fond justement. Et cette satanée corde à la dérive  a fini par le baillonner le pauvre… Bref, hélice immobilisée et grosse pétole mais aussi gros courant. On n’avançait plus sur l’eau mais l’eau elle, entraînait à deux nœuds mes 15 tonnes dans les entrailles du Tage !

Alors, après un point du bilan rapide, la décision est prise de jeter l’ancre légère dans les 25 mètres de fond du fleuve. Ca gigotait bien, même sans vent, il y avait un clapot dégueulasse. Et là, ben fallait avancer dans le point du bilan. Jean-Sam a courageusement enfilé combi et masque. Il s’est glissé sur le lieu du crime. Après quelques aller-retour palmés, il en a conclu que le baillonage était digne de la mafia italienne. Alors la VHF nous a mis en contact avec la marina d’Oerias.

Ils sont arrivés. On a essayé de libérer Gérard avec des coups de moteur, une fois en avant, une fois en arrière, une nouvelle fois en avant, une nouvelle fois en arrière mais rien n’y fit. Il fallait plonger. Alors on m’a mis un bout’ de remorquage, plus sympa celui-là !

Une fois au port, les combis ont été enfilées. Sabine et Jean-Sam étaient aussi à l’aise dans l’eau que des pingouins à l’aise pour marcher sur la banquise, les pauvres. Mais ils ont pris sur eux et se sont relayés avec le couteau de plongée d’un pilier breton… Seb du Parcou, je crois qu’il s’appelle ! Ils l’ont invoqué plus d’une fois. Le schlass tailladait gaiement les 5 tours que la bailloneuse avait fait autour de l’arbre d’hélice ! Après quelques plongées dans les eaux douteuses du port, chargées de méduses et autres joyeusetés, après une ou deux tasses d’eau bien salée, ils ont réussi à libérer Gérard de l’harceleuse !

Mais bon, le courant s’était inversé et le soleil s’était couché. Donc on a baillonné nos envies de mettre les voiles et on m’a attaché au ponton… On est tous baillonné quelque part, mais il est bon de choisir ce qui nous baillonne tout de même !