Vous voyez ces jeux avec cinq ou six billes alignées horizontalement, on en lève une d'un côté et pouf, quand elle retombe, elle lève son opposée. Ou plus simplement les tape-cul qui font rebondir les p'tites fesses des mômes dans les plaines de jeux, une fois l'un, une fois l'autre. Ben c'est un peu comme ça, la vie en quart.

On a repris notre rythme d'une heure cinquante de dodo, dix minutes de battement et de deux heures de veille. On appartenait donc trois fois deux heures à la nuit, à sa lune qui était presque pleine, à ses étoiles un peu timides vu les reflets d'argent de cette dernière sur la mer.A chaque fois que le soleil accélère sa course vers l'horizon et teinte le ciel de ses couleurs, tu te sens un peu petit. C'est un moment qu'on ne loupe que rarement. Il y a quelque chose de presque cérémonial à se goinfrer de ses derniers rayons. Une fois qu'il est parti de l'autre côté, vient la nuit...Tes yeux doivent s'habituer à l'obscurité, tes oreilles sont aux abois du moindre son, ton équilibre du moindre changement de rythme dans la course du bateau. Le gamin qui sort avec sa lampe frontale allumée et t'explose les pupilles comme un radar ton compteur de vitesse, comprend vite à ta réaction, qu'il ne devra plus recommencer! Le radar, lui, ne comprend pas hélas! Car ça prend du temps de s'habituer au noir, de rentrer dans la nuit pour qu'elle t'appartienne un peu. Bon, là, la Lune était là, se couchait tard, peu de temps avant que l'astre solaire ne revienne. Donc, c'était plus aisé que par une nuit nuageuse sans lune.

Ton sommeil doit, quant à lui, s'habituer à l'alarme qui sonnera trois fois... Hachant menu tes rêves, coupant court à tes soupirs d'aise, t'agitant de mouvements aléatoires et maladroits pour taper sur la gueule de cette machine qui t'en fait presque devenir une. Tu dois profiter de la première minute allongée, apprendre à respirer pour que tes yeux pénètrent rapidement dans leur propre nuit, où aucun cargo ne risque de t'éventrer! Une fois que tu as fait taire l'alarme, à la mine! Tu mets tes chaussettes, tes bottes, ta veste, éventuellement une écharpe et un bonnet, presque mécaniquement, encore enrobée de coton tout doux. Tu sors et celui qui veille rentre profiter de la couette à son tour... Tu deviens la veilleuse. Tu retireras ton bonnet à un moment, tu quitteras le coton pour la veste de cuir et ton harnais deviendra une guitare électrique, tu hurleras les paroles d'Izia aux vagues qui se sont transformées en fans en délire!
Et ça recommence au bout de deux heures.              

Peu à peu, une partie du ciel devient moins sombre à l'Est. C'est celui qui chauffe, rassure, éveille qui revient. La nuit descend alors que lui monte. A nouveau des oiseaux volent!

Comme les tape-culs, comme les billes. Et c'est chouette car ce genre de petits jeux plaît en général aux gamins. Ils ont donc goûté, évidemment au soleil qui tombe, la nuit qui monte... Mais cette fois aussi, un peu aussi à l'alarme, au bonnet et au concert rock!

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