Je venais d'aller poser trente tonnes de linge sale dans un lavomatic. Il allait tourner pendant un bon bout de temps. Alors, je me suis assise pour boire un truc frais en observant la vie qui passait sur la plaza Estrella de Mindelo.

Il y avait une dame assez âgée derrière le comptoir de son petit bouis-bouis. Le nez un peu relevé, des yeux qui te regardent un peu de haut tout en restant curieux, presque tendres. Je lui ai demandé une boisson... Quand elle est sortie des coulisses, sa silhouette a dévoilé une longueur de jambes presque infinie pourtant coupée par une jupe qui lui descendait juste sous les genoux. Une jupe droite. Elle avait le pas ferme qu'accentuait le claquement des tongs sur le sol.  Elle avait des mollets encore bien dessinés et quelques varices dessinaient de jolies courbes en descendant sur ses chevilles. Après, il y a eu ses mains, elles avaient des doigts longs, ridés, fins, marqués d'une certaine raideur au milieu des doigts que finissent parfois par infliger les années qui passent.

Il y avait son homme avec elle. Un visage rond et bonhomme, plus souriant de prime abord que celui de la châtelaine. Il avait un air rieur : je l'ai senti toujours prêt pour la déconne.

C'était mes grands-parents. Surtout elle... Lui, je ne l'ai vu qu'après, par glissement en fait. Alors je les ai observés, du coin de l'oeil et j'ai savouré ce voyage spatio-temporel tout en me sentant un peu fragile, des images du 59, rue du Canada à Forest me remontant doucement d'on ne sait quel recoin de la tête ou plutôt des tripes.

On y est retourné plus tard, dans l'après-midi, avec les enfants. Elle nous a servi des assiettes aussi généreuses que celles que ma grand-mère nous sortait, quelque soit l'heure du jour à laquelle on arrivait chez elle.

J'y retournerai sans doute encore aujourd'hui... Et peut-être même chaque jour usqu'à ce qu'on parte.

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