Nous voilà dans l'Atlantique Nord. Certains d'entre nous l'attendaient un peu avec impatience après quelques nuits tropicales étouffantes où moustiques et sueurs s'allient et transforment doux rêves en cauchemars. Le beurre aussi semblait attendre un peu de fraîcheur. Notre groupe froid étant gravement décédé, il fondait lamentablement quelque soit notre système D de refroidissement. On rêvait donc de beurre solide et de nuits ventilées. Les nuits se sont refroidies, nous permettant de renouer avec un sommeil sans obstacles jusqu'à l'aurore et le beurre a retrouvé une consistance normale. On peut même conserver du lait plus d'une journée sans qu'il ne se transforme en fromage. Nos banettes sont à nouveau équipées de couettes où chacun s'enroule avec grand plaisir après une soirée frisquette. Les shorts sont au placard et les jeans de sortie, les bottes ont détrôné les tongs et les bonnets les borsalino. On a retrouvé les manches aussi, et avec elles, cette désagréable expérience qu'on avait oubliée, celle des manches que tu remontes pour faire la vaisselle mais qui finissent toujours par redescendre en effleurant l'eau grasse juste avant que tu n'aies le temps de les remonter à nouveau! L'eau des réservoirs atteint une température où il devient difficile d'envisager une douchette même éclair sur la jupe arrière. Le ciel a perdu ce bleu profond, son soleil fidèle et ses vents réguliers.

Beluga se noie souvent dans une fleur de coton épanouie. On apprend à lire son approche lorsque l'horizon est clair... On découvre ces nuances inconnues des Tropiques où le brouillard n'existe pas. Ici, il est roi... Une fois qu'il a avalé la côte et la mer, qu'il ne reste plus que le brame incessant des balises pour habiter cet univers blanc, on cherche les signes précurseurs de sa disparition... Du blanc terne et gris, on peut passer à un blanc plus lumineux lorsqu'on quitte le centre de la fleur et qu'on se rapproche de sa périphérie où le soleil perce enfin les fins pétales! Ou pas... Il arrive que pluie et brouillard ne quittent pas le ciel de la journée et de la nuit. On quitte un mouillage et on arrive dans le prochain dans cette même fleur de coton parfois très humide, devinant à peine le rivage.

MAISONBRUME

Le soleil, quand il est là, rend à chacun ses couleurs et ses contrastes. Les îles rocheuses éclatent sur l'horizon, parfois surplombées par un phare respectable. Les plages de galets encore brillants de la marée descendante tranchent avec l'orée des forêts où se dressent des sapins patibulaires. Les quelques maisons timides dans la brume affichent presque fièrement leurs couleurs vives ou leur façade ornée de détails parfois kitsch.
ILEMAREEBASSE

MAISONSOLEIL

Un hangar de tôle rouillée, oublié au fond d'un jardin, prend des teintes orangées dignes des plus beaux couchers de soleil caribeen. On croise peu de bateaux et dans cette côte découpée où se multiplient les repaires secrets d'anciens contrebandiers, rares sont les mouillages où on a de la compagnie. Les oiseaux du large accompagnent encore souvent nos voiles et des phoques gris nous saluent parfois de leur regard moelleux à l'approche des côtes toutes un peu esseulées!

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On est presque surpris quand on entend un chien aboyer au loin, quand on devine une silhouette humaine au bout d'un quai ou juste un bateau. Alors quand en plus, on a une connexion wifi qui tombe du ciel, on en profite pour vous envoyer des échos de tout ça.

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