Une fenêtre météo s'annonce enfin pour les Canaries. Cela fait maintenant plus d'une semaine que nous sommes sur Sao Miguel, la plus grande île du groupe oriental açoréen. Quand on reste trop longtemps quelque part, Beluga semble se transformer en studio où, avec cinq médaillés d'or quand il s'agit de mettre du bordel, les chaussettes bien fumantes de certains se retrouvent souvent sur le précieux oreiller d'un autre! Alors on a un peu hâte de retrouver le large histoire d'aérer tout ça...
On nous avait chanté les louanges de l'accueil açoréen, que ce soit notre guide nautique ou des navigateurs rencontrés sur les pontons. Mais, au coin des ruelles, les tontons locaux cloués au troquet semblaient davantage attendre la prochaine carte ou le prochain coup à boire que notre passage pour ouvrir leurs bras, bien croisés sous leurs épaules rentrées. Nos regards surprennent ceux, circonspects, de matrones vissées à leur appui de fenêtre et on les sent prêtes à jouer du rouleau à pâtisserie si le tonton cité ci-dessus rentre un peu tardivement !
On savoure cependant les dessins que forment les pavés noirs et blancs des trottoirs qui nous remplissent les pieds d'étoiles, de moulins, de cachalots ou plus simplement de formes géométriques organisées comme des parterres versaillais! On se perd dans des dédales de ruelles aux murs un peu décrépits coiffés d'anciennes tuiles romanes. On traverse une puis deux ou trois ou quatre rues et à chaque fois, la première voiture ralentit avec courtoisie pour nous laisser passer. On joue à cache-cache dans des parcs qui regorgent d'espèces végétales en tout genre, déposées ici par des explorateurs afin de les acclimater avant l'Europe. C'est un feu d'artifice préparé parfois depuis des centaines d'années et le bouquet final vaut le détour! On profite des aires de jeux ou des piscines naturelles où se côtoient darons-darones, grands kékés qui cherchent à épater les filles par leurs acrobatiques plongeons ou gentils morveux qui enfilent leurs brassards avant de s'engager dans des escaliers, protégés par l'oeil attentif d'une grand-mère dévouée. Après tout ça, on s'assied longuement à la terrasse d'un café. Coutume presque inexistante sur les côtes américaines avec laquelle on est très heureux de renouer. On sirote un expresso ou une bière aux lumières caressantes du soleil. Et on s'dit que malgré les matrones revêches des appuis de fenêtre  et leur bonhomme tout aussi peu commode de prime abord,  des gens qui pavent aussi bien les trottoirs pour le plaisir d'humbles semelles, qui prennent le temps d'orchestrer divers végétaux pour nos nez, nos yeux et nos oreilles -les feuilles d'un palmier ne bruissent pas comme celle d'un Ginko et puis, il y a des myriades d'oiseaux bavards là-dedans- , des gens qui mêlent aussi bien les générations, ont très certainement une certaine maîtrise de l'art de vivre et de l'art de vivre ensemble! On n'est pas mal avec notre bière ou not'café au milieu des conversations animées, même si parfois un gros grain automnal redistribue un peu les cartes. Alors on sourit. On sourit dans le vague, un peu à tout ça. Et voilà que la matrone d'en face saisit de son oeil farouche notre sourire et...  nous le renvoie! Ce ne sera pas le dernier. 

 

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