J'ai quitté Madère il y a presque trois semaines déjà. Je me suis un peu plus éloigné de l'hiver même si c'est une notion bien relative dans ces eaux-ci. J'avais, quant à cette île, entendu beaucoup des couperets tomber. Des voisins de ponton y étant passé trouvaient ça souvent très touristique. Trop de bateaux étrangers dans les ports se plaignaient-ils ou des ports qui ressemblent à des 'resort' où là vie de tous les jours n'a pas droit de cité! Je suis arrivé à Gran Canaria, dans la capitale de Las Palmas. Pour elle aussi, les propos évoquaient un tourisme de masse dont le terrain fertile ne fait hélas germer que des immeubles ressemblant aux infrastructures de l'élevage industriel de gallinacés... 

Revenant de balades dans l'intérieur madérien, mon équipage parlait pourtant avec enthousiasme!  Ils avaient ramassé des chataignes au milieu de bruyères géantes dans les hauteurs alors que plus bas poussaient la canne à sucre et légion de bananiers avec leurs régimes de bananes naines. Mais vignes, orangers, poiriers ou manguiers ornent eux aussi les flancs abruptes dressés en terrasses. Les randonnées offraient, d'après ce que j'ai compris, des paysages très variés en fonction de leur hauteur. Beaucoup longeaient des llevadas, un ensemble de canaux d'irrigation qui amène l'eau du Nord de l'île au Sud, offrant des possibilités infinies de courses de feuilles en tout genre sur le réseau. Ils ont déniché des cascades longues comme l'attente chez un médecin un vendredi soir de novembre. Elles vrombissaient au détour d'un sentier, comme les nez, certainement, de certains patients.

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La pointe orientale, que j'ai longée en arrivant, m'a presque fait pensé à Sal au Cap Vert, sèche, poussiéreuse et désertique...

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Ils ont couru dans les jardins tropicaux de Monte où la flore laissée là au détour de voyages multiples était aussi large que l'éventail d'une danseuse de flamenco. Il suffisait de quitter le rivage finalement, pris d'assaut, pour voguer avec tranquillité ! 

Gran Canaria, c'est un peu pareil on dirait... Ceci dit, l'ambiance sur les pontons est plutôt agréable. Il y a des allemands, des néerlandais, des français, des anglais, des italiens. Il y a aussi une armada de shipchandlers et une zone industrielle où on trouve tout ce dont on peut rêver. Ça brique et bosse sur les pontons!  La ville, vue du port, n'a rien d'exceptionnel. De nombreux buildings s'y emboîtent comme des kaplas, une voie rapide longe le littoral jusque dans la partie Sud, offrant un défilé permanent de voitures qui vous crachent leur combustible dans les naseaux. Mais à nouveau, tous finissent par l'apprécier. Les uns pour ses larges trottoirs et grands places qui offrent multe possibilités de skateboarding, d'autres pour les ruelles étroites et les maisons d'antan avec leurs balcons en bois et leur façade colorée un brin art déco par moment. Ces innombrables immeubles ont un côté presque 'vintage' charmant, ils sentent les années 60-70 à plein nez... Puis, il y a cette ambiance aussi! Ca parle fort, ça sourit beaucoup, ça s'fait des accolades ou ça gueule parfois aussi un  peu. En tous les cas, ça vit!  L'intérieur leur a bien fatigué les guiboles!

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Des balades où déferlent arbustes secs ou cimes géantes, rochers découpés et sentiers escarpés avec des successions de montagnes qui plongent dans la mer où on devine parfois le mamelon du mont Teide de Tenerife. Ça faisait presque El Dorado à certains endroits parait-il!

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J'ai accueilli la reine de Sabba de Marchovelette... Les enfants ont pu profiter de la plage qui est juste à côté, une plage de ville, pas très jolie mais bien vivante, pendant que les parents me bichonnaient un peu beaucoup. J'crois qu'ils me trouvent un peu exigeant!

Il y a ici une sacrée flopée de bateaux-stoppeurs qui cherchent à se rapprocher des Antilles ou de l'Amérique latine, mais finalement trop pour les bateaux on dirait. Les p'tites annonces s'accumulent sans jamais disparaitre! Que feriez-vous, vous, si vous étiez la troisième voiture à passer sur une route déserte où des pouces se lèvent, frétillants, à votre approche? Ben, moi, il semblerait que je lève le pied, freine et que j'embarque qui je peux! Au moins pour un bout de chemin, pour les amener à un carrefour plus frequenté. J'vous raconterai ça bientôt!