Voilà une dizaine de jours que je suis à sec, sur un terre-plein de sable que chauffe un soleil parfois trop généreux, surtout quand les vents qui caressent d'habitude mes flancs sont absents. Ma dérive prend peu à peu forme dans l'atelier à deux pas de moi. 

Il peut y faire une chaleur à crever. J'ai l'impression de me déssecher dès les premières lueurs du jour et j'attends le soir avec impatience. Une grande partie de mon équipage me déserte d'ailleurs dans cet intervalle de temps. Seul Jean-Sam reste à mes côtés pour les passer à la loupe et au peigne fin! Il m'a chatouillé le puits de dérive histoire d'en décoller les indésirables, a fait quelques retouches de peinture sur mes oeuvres vives et depuis hier, il s'attaque aux bandes blanches de mes oeuvres mortes. J'crois que le projet, seulement esthétique, c'est de rendre à ma coque son alu brut, sans fioritures! C'est un peu comme une p'tite coupe de ch'veux pour vous quoi. J'suis assez enthousiasmé par l'idée. 

De temps en temps, un de mes nains revient pour chercher un manuel scolaire, un doudou indispensable ou un goûter. Il semble qu'il y ait là-bas une aire avec tables, bancs et surtout, l'ombre des cocotiers et le vent. Les journées s'écoulent donc là-bas, entre école, jeux, confection de bracelets, mise en scène de doudous ou pique-nique.

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Cette chaleur, on l'avait déjà vécue à saint-Martin, il y a un an, au chantier Polypat, mais il n'y avait pas ce genre d'agrément! Il y a cet espace là et il y a aussi d'autres détails qui tranchent drastiquement avec le chantier passé. Des points d'eau fraîche où ouvriers et occupants peuvent aller se désaltérer, une connexion wifi gratuite et illimitée donnée de bon coeur, un système de ramassage des déchets qui donne presque à ce chantier des airs de parcs ou de plaine de jeu, des sanitaires qu'on dirait presque l'Hilton apparemment et même une laverie avec machines et sèche-linge gigantesques à prix plus que raisonnables.

On y a aussi retrouvé Eddy, un dominicain qu'on avait rencontré il y a un an.

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Il nous a fait rencontrer Hervé et son magnifique 50 pieds en alu ainsi que Mathieu, le roi du Ti-Punch et Collin, un Trinidadien qui a invité tout mon équipage dans sa maison aux 15 portes et aux fenêtres sans vitres! Quand Eddy monte à bord, il nous parle de la Dominique, de Carriacou, de Bequia et des autres îles caribeennes un peu aussi, de maintenant mais aussi d'avant, quand il était petit. Quand il retrouve tout le monde pour un pique-nique, il dévoile ses secrets de construction à base de noix de coco.

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Alors voilà, je suis à sec, certes mais finalement, on voyage tout de même...