21 mai 2018

Changement de Cap...

Beluga est toujours mouillé devant Marigot, sur Saint-Martin. Autour de nous, il y a d'autres bateaux dont certains se préparent à transater vers les Açores. Beluga était censé en faire partie. Mais ça, c'était sur le papier. Il semblerait que le voyage nous propose de demeurer voyageurs, encore un peu.
Depuis une semaine, Jean-Sam crapahute à nouveau sur les toits, des toits de tôle et non plus d'ardoises. Il a repris la route du travail, mais en annexe. Comme en témoignent les toitures éventrées et les charpentes en lambeaux, toute l'île cherche des charpentiers couvreurs après le passage d'Irma,. Ils sont accueillis sur un tapis rouge qui ferait pâlir celui de Cannes. Le fait de
rester là nous permettrait donc de renflouer nos caisses qui, suite à nos mésaventures bien connues de vous tous qui nous avez soutenus, sont décidément bien vides. Et ce, plus rapidement qu'en terres bretonnes. Nos cerveaux sont donc entrés en ébullition, les bulles c'était les questions. Le mot retour avait été utilisé, comme celui de boucle à boucler. Un poste m'attendait normalement à Pleyben, en Centre Finistère. On avait dit qu'on rentrait. On avait dit que peut-être, on vendrait le bateau. Puis si
on reste là... Est-ce que je vais devoir démissionner ? Comment sont les écoles et collèges ici ? Et puis, il y a la saison cyclonique, vivra-t-on sur le bateau ou est-ce que nous l'abriterons dans le Sud, nous vivant à terre pendant ce temps ? Ce qui n'est pas forcément mieux en cas de cyclone que de mettre les voiles une fois qu'une alerte retentit. Et si Jean-Sam seul reste là ? Est-ce que ça va être possible de vivre loin pendant un an, même si l'avion se présente comme solution ponctuelle pour se retrouver ? Toutes ces questions ont bouleversé nos nuits, nos journées. On se renseigne, on
budgétise, on trie. Puis peu à peu, ça s'organise. Ça s'éclaire. Un chemin semble se dessiner.
Le plus étonnant, c'est que face aux possibilités, on espérait un peu, secrètement, au fond de nous, que des portes se ferment d'elles-même. Que certains choix soient rendus impossibles par l'administration. Que finalement, notre liberté soit un peu contrainte. C'est plus simple, ou du moins, ça peut faire l'effet d'une soupape pour un cerveau sous pression. Mais non, jusqu'ici, aucune porte ne s'est fermée. Alors, même s'il n'y aura pas de choix parfait, c'est chouette et troublant à la fois car, au bout du compte, il nous revient et en même temps, on en est responsables.
Il semblerait que les enfants, peu à peu, l'aient intégré. Malo hier, alors qu'on discutait ensemble de tout ça, s'exclame en guise conclusion...
« Oh, ben, c'est ça, la vie, non ?
- Comment ça ?
- Ben, changer d'idée, changer de plan ! Il y a une semaine, on croyait qu'on allait traverser vers les Açores, et maintenant, on pourrait bien rester là ! »
Alors voilà, ce n'est pas facile pour eux tous les jours. Ils n'ont à proximité ni famille ni copains fixes, tout comme nous. Mais ils ont ce petit truc en eux, dirait-on, qui commence à pousser...
Reste à savoir si on rentrera dans toutes les cases de la demande de dispo... Dans ce cas, on adaptera à nouveau le cap à prendre !

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06 mai 2018

Dernière case caribéenne

Nous voilà à Saint-Martin. On l'avait quittée il y a un peu plus d'un an, juste avant la saison cyclonique. On est repassé devant Polypat, on a été se baigner à Baie Rouge mais Val n'y était plus, on a bu une bière au sous-marin où on a retrouvé Paula et son mari, on a lancé des machines chez la mer Denise, on s'est arrêté à l'île marine où Bernardine nous a accueillis de son large et généreux sourire et où on a recroisé Lomig. A chaque pas, on croise des traces d'Irma. Tout est marqué de son sceau. Les lieux et leurs ambiances, les gens et leur parole. Il y a des déchets de partout, de toute taille, en bois, an plastique, en métal, en on sait pas quoi. Beaucoup de cocotiers ont perdu leur tête ou se sont couchés ou les deux. Comme de nombreux panneaux publicitaires, antennes, réverbères ou autres poteaux normalement destinés à la verticalité. Maisons, immeubles, pavillons en morceaux. Toits disparus, charpentes en douleur. Tribunes de stade soufflées. Tetris géant de voitures ravagées le long de certaines routes bordées de terrains qui sont devenus, après Irma, un peu vagues. Certains endroits sont comme miraculés, une végétation épanouie et confiante, un toit étonné d'être encore là, un portail arraché éventuellement. Dans le lagon, des épaves gisent un peu partout. Retournées, on ne voit que leur coque. Éventrées, elles attendent sur un bout de plage, sur un amas de cailloux, entre les piles d'un pont ou sur un haut fond. D'autres jouent au Tetris géant avec les voitures le long des routes ou sur d'anciens chantiers. La marina du lagon n'est plus. Plus de pontons, plus de capitainerie... Seulement quelques aménagements de fortune qui permettent peut-être de remplir les réservoirs. Ils résonnent un peu comme cette table sur tréteau de l'aéroport où une hôtesse a barré le nom de Charlotte qui devait embarquer pour son vol vers l'Europe, avant de la laisser entrer dans une « salle » destinée aux départs, une espèce de tente améliorée où elle a pu enregistrer ses bagages. 

Avec elle, on a profité, sur Marie-Galante, de l'anse Canot où nos pieds nus ont à nouveau foulé du sable blanc et certains pieds sautés du bateau.

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De Gwanbour, nos chaussures sont parties arpenter des sentiers menant au travers de champs de canne, bordés de gigantesques manguiers et cocotiers dont on a ramassé les fruits qui se sont vite jetés sur nos papilles.

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On a pris un coffre aux Saintes à Terre de Haut, puis un autre à l’îlet Cabri. Ça sentait presque les côtes du Sud, ou de la Corse.

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Beluga est ensuite remonté vers la côte sous le vent de la Guadeloupe, Charlotte, notre nouveau mousse, aussi fringuante qu'un marin au long cours ! A Rivière Sens, on a retrouvé Moana et son équipage qu'on avait plus vu depuis notre première escale aux Canaries, sur Santa Cruz de Tenerife. 

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Ils nous ont menés de cascades en cascades où petits et grands ont nagé dans une eau douce comme du lait. Puis dans des bains chauds nourris par les entrailles de la Soufrière. Emballées par une aurore plus lumineuse qu'un vitrail, Charlotte et moi avons grimpé sur la vié madanm. Elle nous a gâtées de quelques panoramas dégagés mais dont les arcs-en-ciel prédisaient des ondées. On y a eu du brouillard, une pluie torrentielle et le cratère est resté secret. Mais le sentier à lui seul, valait le sommet. Avec ses mousses aux couleurs improbables, ses plantes presque baroques, ses rochers gros comme des robes de mariée en mode guimauve!

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Moana et Beluga nous ont menés jusque Malendure et l'îlet Pigeon où tortues et poissons tropicaux ont rempli nos masques. Puis Moana est reparti vers le Sud, Beluga vers le Nord de la Guadeloupe... C'était court, juste trois jours. Mais c'était chouette de se revoir.

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On a terminé par une jolie nav de nuit entre Deshaies et Philipsburg. Charlotte a pu plonger dans les rayons du soleil couchant, une lune rousse et le plancton phosphorescent qui faisait écho aux étoiles. On est arrivé juste à temps pour passer le pont. Il ne restait plus qu'une nuit à Charlotte. C'est passé tellement vite tout ça. On voyait son départ un peu comme le glas de notre passage caribéen. Nos connexions internet sont vouées à la météo de la transat retour, vers les Açores. On regarde vers l'Est maintenant. Mais on a encore des gens à voir, des bouches à écouter nous parler d'Irma. Ce soir, on a rendez-vous avec Patrick, Sonia et Titouan. 

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Posté par sabineetjeansam à 14:02 - - Commentaires [4] - Permalien [#]