31 août 2018

Le silence du burger et du yoga

Ce matin, j'étais à nouveau entre les quatre murs d'une classe... Venue pour la première fois à l'école histoire de préparer un peu la semaine prochaine qui approche à grands pas. Moi qui pensait être un tantinet à l'arrache. Oulala, que nenni! C'est le bronx dans l'école. Ils en sont encore à vider les merdes stagnantes de l'année dernière. Bref, je crois que ça commence à être une règle sous ces latitudes : je serai toujours la plus stressée du lot! Du coup, une fois que je m'en rends compte, ça va beaucoup mieux déjà! 
Les enfants seront là dans deux dodos. Les cabines sont plus accueillantes qu'une chambre d'hotel trois étoiles et nos bras impatients à l'idée de les encercler tous les trois. Les valoches commencent à se remplir à Cosquinquis. Et l'Atlantique oriental se remplit de basses pressions. Un cyclone est en formation aux portes de l'Afrique. Il aura une trajectoire plus nord a priori, si Dieu le veut, Inch'Allah, en touchant du bois et de la peau d'singe comme d'hab. Mais bon, d'autres bébés suivent. On entre dans le vif de la mauvaise saison. 
La météo n'est plus la même. Beaucoup moins stable. Ca fait deux jours qu'on se tape des grains hauts comme le one World new-yorkais... Ils grondent de temps en temps, craquent en éclairs dont la lumière zèbre le jour ou la nuit. Tu te fais petit dans le bateau... Puis le vent, il monte et monte et monte comme la p'tite bête. Mais il fait pas guili. Il hurle comme on hurlerait au loup flirtant avec les quarante noeuds plus d'une fois dans la journée. 
Bref, vous imaginez mardi prochain? Quand il va falloir embarquer mes trois loustics dans l'annexe dodelinant sous les moutons avec cartables sur le dos, lunchbox entre les chicots et pieds baignants dans le jus de flotte qui stagne au fond! Ah, ça va être comique! On va s'marrer! Parce qu'en gros, des journées comme ça, si t'attends l'accalmie, tu peux ne jamais partir. 
On galère à trouver une bagnole qui roule et qui soit sécu. Les mecs ils te pondent des annonces avec des "dans l'ensemble, il roule" en parlant du véhicule qu'ils vendent à 2000 euros! Puis attention, quand tu as rendez-vous avec un mec et que tu essaies une bagnole, il te dit "parfois elle ne fait pas de bruit!" "Aaah wouais? Et tu le vends 1500 euros ton pot de yaourt qui chante et qui n'a pas le contrôle technique? C'est bien ça?" Non mais je te jure! Un poème... 
Résultat des courses, ben on n'a que nos pattes pour se déplacer. Ce qui veut dire qu'après l'annexe, on marche jusqu'à la gare des bus, on prend un taxi co jusqu'à l'école où on doit rebelote marcher! Déjà, de Kermargon, notre hameau à Lennon's school, c'était parfois folklo le trajet alors qu'il était en soi minimal, pour ainsi dire rectiligne et ne nécessitant qu'un support, la voiture, je me demande ce que ça va donner ici.
Bon, je force un peu le trait. Mise en place d'une nouvelle routine. Je n'aime ni la routine ni les changements Plus d'un me répondra que c'est souvent soit l'un soit l'autre pourtant et qu'en matière de changements, on n'est pas les derniers. Ben oui, c'est vrai. Ce que j'aime, c'est un quotidien qui change avec chaque sous-vêtement en fait. J'aime pas la routine qui dure... Un peu sans doute car il faut baigner dedans avant d'en trouver les soupapes où respirer. Tout ira mieux une fois que ce sera lancé, quand on aura trouvé nos silences dans la chanson de ce nouveau quotidien. Là, comme on ne le connait pas, on voit pas les soupapes, les pauses, les virgules. Et dans ces cas là, je me dis intérieurement qu'on s'rait pas mal dans une maison immobile à se mater des reportages animaliers tous les dimanches!
Sinon, comme j'aime bien me mettre des idées à la noix dans le ciboulot, j'ai entrepris de remplacer les coussins du carré. Après tant d'années à bord, ils étaient aussi frais qu'un hall de gare oubliée. On a investi dans une machine à coudre digne d'un char de l'armée rouge. Elle pèse un âne mort et les quadruple épaisseurs de cuir ne lui font pas peur. Elle envoie du bois notre grosse Bertha! Alors mes doigts ne sont pas encore ceux d'une fée niveau couture et j'ai souvent un bout de langue qui sort, comme une môme qui veut surtout pas que son crayon dérape et foire son coloriage de licorne magique, mais ça avance, douloureusement. On a reçu les dernières mousses à couvrir ce we, blanches comme des oeufs en neige et moelleuses comme des nuages. On va enfin pouvoir, peut être, quitter l'ambiance de la vieille gare. Si je parviens à gérer les découpes à la mord moi le noeud... Ils sont malins aussi de pas faire des bateaux carrés, ce seraient tellement plus simple sans tous ces arrondis. Les journées sont donc bien remplies, j'oserais presque dire que je me sens petite chinoise au fin fond d'une usine. Mes idées fixes et moi. 
 
Hier, je me suis accordée une pause yoga car quand même, on est pas en Chine bordel! Wouaw... Ca m'a fait un bien fou. J'avais oublié à quel point! En fait, le yoga c'est presque des mini-séances d'osthéo qui fonctionnent. T'es shootée pareil après. Ca va être un joli silence tiens ça, dans le quotidien! En plus, il y a des sessions à deux pas du mouillage (ou "brasses" serait plus adapté). A deux brasses, on a aussi le Burger 12. Ils font des burgers maisons pas mauvais du tout. Alors des fois, quand il fait tout gris dehors, ça s'finit par là-bas!
 

Posté par sabineetjeansam à 00:53 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


08 août 2018

Routine en déroute...

Me voilà de retour à bord de Beluga depuis deux bonnes semaines maintenant. Étrange sensation que de réintégrer le bord. un peu comme un enfant qui retrouverait, après une période de vacances, sa chambre. Je ne les avais encore jamais quittés auparavant les oiseaux bleus qui couvrent les bannettes, le son de l'eau qui clique-tique le long de la coque, le jaune pâle et dépressif des plans de travail et le souffle salvateur du vent qui s’immisce par les hublots. Boat, sweet boat ! Fallait le quitter pour s'y retrouver. Un peu comme la Bretagne, un peu comme la Belgique. Un peu comme tous ces lieux. Ils finissent, au fil du temps, par former un mille-feuille de petits nids douillets où s'accrochent nos vies. Beluga et Saint-Martin, nouvelle couche dans le mille-feuille.

Beluga. Maison nomade, sans fondation autre que le vent et ce qu'il exige. Confort fruste où le superflu, inadapté, s'y fatigue, s'y use pour y disparaître. On écrème, on solde. Ce qui reste, bien souvent, est toujours de trop. 

Saint-Martin, petit caillou aux bordures de la mer des Caraïbes. Dernière escale présumée avant les Açores que du coup, on ne reverra pas tout de suite, les Alizés soufflant encore sur nos bouilles au vent. On avait peut-être envie de rester un peu pour se garder sous l'coude ce qu'on a raté de ce côté de l'Atlantique, laisser les passes coralliennes des Grenadines à portée de coque et les sentiers de Martinique à portée de semelles.

Saint-Martin, la décriée bien souvent. Par le fric, le crack et ce qui va avec. Saint-Martin l'artificielle comme disent certains. Car, sèche comme une bouche pateuse après un pétard, rien n'y pousse, ou pas grand chose, pas assez, pas comme ça, sans aide. Hotels et resort ineptes poussent eux par contre, ça oui. Saint-Martin la cradingue, qui ne trie rien ou presque, ni verre, ni métal ni carton ni plastique. Saint-Martin la bancale avec ces tôles en suspens et ces bateaux dématés. Saint-Martin la débridée aussi où j'ai pu admirer les plus longues roues arrière de l'histoire, sans casque évidemment. Où les gens te sourient et te parlent aussi facilement que mardi suit lundi. Où la plupart des voitures,  cabossées, meurtries, n'ont plus de vitre arrière ou n'ont plus que des trous à la place des phares, énuclées. Mais où leur klaxon communique par une palette rythmique tout aussi large que les nuanciers des magasins de peinture, où tu peux rester bloqué pendant des heures entre le bleu paon et le bleu sarcelle! C'est assez déroutant d'ailleurs au début, pourquoi s'énerve-t-elle sur moi la grosse devant là? Et en fait, non, elle n'est pas énervée du tout, elle te fait juste signe pour que tu puisses passer. Déroutant comme ce cheval qui attend patiemment son cavalier à la porte d'une pharmacie, sans selle ni bride. Déroutant comme l'iguane qui vagabonde dans une impasse. Déroutant comme ces chèvres qui entrent dans le bar et y prennent presque place car dehors la pluie bat... Puis que dedans, elle est pas mal la musique qui s'y joue! 

iguane

Alors voilà, même si la routine semble pointer à nouveau le bout de son nez à l'horizon... Jean-Sam étant déjà sur les toits et nous, les derniers membres du bord, nous rapprochant de plus en plus des salles de classe et de leur tableau noir, on est encore un peu dérouté par tout ça. Alors, est-ce qu'une routine au milieu de détails déroutants est une routine finalement? 

 

Posté par sabineetjeansam à 19:04 - - Commentaires [3] - Permalien [#]