09 juillet 2017

En terres Golgoth...

J'ai quitté Grand Bahama Island samedi matin, il y a une semaine déjà. On n'était pas aux pièces, ça s'est fait en douceur après les incontournables pancakes. Mais le ciel était encore teinté de rose. Cap vers le gulfstream. Une trentaine de milles me séparaientt du tapis roulant, je les ai parcourus à l'aide de ma bourrique. Eole était aux abonnés absents. Je suis arrivé sur le fameux tapis en fin d'après-midi. Eole n'était toujours pas là. Malgré les deux noeuds qui se sont ajoutés sans douleur à mon compteur, j'étais un peu dans un état de somnolence avancé vu le ronronnement du moteur. La grand-voile me réveillait parfois par ses mouvements d'impatience, entraînant la bôme de babord à tribord et finissant dans des grands 'clak'... un peu comme une vieille dame endormie dans la salle commune d'une maison de retraite, son chat sur les genoux, sursauterait à la sortie claironnante du coucou du pendule. La vie à bord, c'était peinard entre pâtisseries et devoirs!

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En soirée, Eole a un peu soufflé, mais vraiment un tout petit peu... Trop timidement pour mes kilos! D'autres géants, en revanche, sont apparus à l'horizon. Vous savez, ces Golgoths où on aime retrouver des formes... Ils montaient silencieusement à mon vent jusqu'à atteindre des hauteurs dignes des plus hauts sommets new-yorkais.

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Une lune ronde comme une femme sur le point d'accoucher accompagnait ce joli spectacle. Le souci dans l'histoire, c'est que ces Golgoths, quand ils vous passent au-dessus du mat, amènent souvent vent, pluie et parfois tonnerre et éclairs !  Bon, le vent et la pluie, je peux faire le gros dos... Mais les éclairs en mer, c'est une autre histoire!  Oh, certes,  j'ai déjà croisé des voisins de pontons qui te rétorquent "Oh mais, euuuh, tu saaaaiiiiis, les éclairs,  ils préfèrent la crête des vagues que le mat" ou bien "Ooooh, mais il n'y a pas de souciiiii. Il y a vraiment très peu de probabilités pour que cela te tombe dessus tu sais!" ou bien encore "Aaah, mais faut pas t'inquiéter comme ça, il suffit de passer une chaine autour du mat et de la faire plonger dans l'eau"... Bref, tout le monde y va de sa p'tite recette ou de son bon tuyau! Mais zut, flut et même plus... Moi, j'ai les j'tons. C'est comme ça. Les statistiques et autres fabulettes n'y changeront rien. Taisez-vous donc! Chuuut! J'ai juste envie de rentrer au port et mettre mon équipage à l'abri. Donc, les fameux Golgoths, ils se sont mis à péter de ci de là sur l'horizon noir. Je crois qu'à bord, on n'aimait pas non plus beaucoup trop ça! On les guettait du bout des yeux ou du compas pour essayer de déjouer leur trajectoire afin de les éviter !  D'autres passaient leur inquiétude dans des histoires acabadabrantes de vaisseaux schroumpfs ou de points de croix en mode capsules.

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Les journées et les nuits se sont succédées un peu sur ce mode là.  Entre pétole, gros gras grains gris et gulfstream. Lui aussi, c'est une sorte de Golgoth! Dès que je m'éloignais un peu de la veine centrale pour négocier les grains ou le cap, on voyait bien à l'état de la mer que le grand Seigneur n'était pas trop content qu'on le quitte comme ça ! Les vagues dansaient comme les remous anarchiques d'une marmite bouillonnante. Bon, là,  elles dansaient encore un truc un peu calme. Mais avec un vent de Nord, elles seraient pas restées sur du reggae...! Bref, oubliez cette zone si vent et courant ne sont pas d'accord. Ça doit être proche de l'enfer sur terre, enfin, sur mer. Donc, on avait pétole mais finalement, on était un peu content. Jusqu'à ce que le pilote décide de faire la tronche... c'est le boîtier en plastique qui a lâché.  Du coup, il n'avait plus d'appui pour tenir la barre. Un peu comme si on demandait à un barreur de barrer sans son coude. Du coup, il a fallu barrer non-stop dans les moments de pétole ! Aussi passionnant qu'un épisode de l'inspecteur Derrick du dimanche après-midi... Autant dire que le temps a commencé à être longuet... on était presque content quand un grain pointait sa truffe, amenant enfin du vent et des sensations de barre!
On a croisé des dauphins.  Des Golgoths encore... C'était les plus grands qu'on ait croisés depuis le début de notre voyage. Des vrais Flipper le dauphin! Il y a eu les oiseaux aussi. Eux, les grains, la pluie, le vent, les éclairs, ils n'en avaient strictement rien à faire! En forçant un trait cartoonesque, on pouvait se les figurer slalomant entre les éclairs,  s'abreuvant de pluie dans un looping avant de redescendre en flèche vers le creux d'une vague!
Puis au soir du quatrième jour, on a aperçu des lumières sur la côte.  Mon étrave pointait vers elles. C'est toujours un peu la fête quand on voit une balise après une traversée.  Celle-ci marquait notre passage du cap Hatteras. Un peu tard dans la soirée,  il y a eu d'autres lumières.  Elles explosaient en gerbes lumineuses. J'ai cru d'abord naivement que c'était pour mon arrivée dans les eaux territoriales ou pour l'anniversaire de cousin Robin mais on était le 4 juillet! J'ai appris que c'était la fête nationale par ici!
Au petit matin, j'ai croisé les premiers pêchous. On n'était plus au Maroc ou à Haïti.  Des Golgoths encore... Comme on peut en voir en France aussi. La brume est arrivée.  On y voyait plus grand chose même si on sentait que ça allait se lever. C'est à ce moment là que le radar lui aussi s'est mis en grève !  Je sais pas ce qu'ils ont tous à faire la tronche... C'est peut-être car on a quitté les Tropiques. C'est vrai que la vie en slip, c'est fini. En tout cas la nuit ! On enfile les couches et le pantalon une fois le soleil couché. 

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Avec les gros grains, les cirés et vestes de quart sont sortis des placards, dégageant une odeur de soupe à  mémé!

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La mer n'était plus de ce bleu intense en arrivant! Tout le monde l'a remarqué à bord! Mais en même temps, elle est tellement fascinante quand la pluie s'abat sur elle en milliers de gouttes dans un tendre camaïeu de gris! Il m'a fallu une dernière journée entière pour rallier Norfolk. Le vent a fini par chasser la brume. Les voiles sont sorties mais le moteur est resté pour les appuyer. Des buildings se sont dessinés...

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La VHF s'est mise à nous parler. Mais franchement, on comprenait un mot sur dix dont le 'over' final, c'est dire! A un moment, on a vaguement compris qu'il y aurait un exercice de tir!  Puis ça a commencé à péter sur tribord. Welcome! Le truc pas du tout anxiogène après quatre nuits de sommeil hasardeux n'est-ce pas! Ah, c'est certain,  ça tient en éveil mais bon, c'est un peu agressif surtout quand tu es incapable de déterminer la zone! Ceci-dit,  il y avait des bateaux qui patrouillaient, ils nous auraient sans doute dit de dégager. Enfin, j'espère!  
Bref, je vais finir car c'est un peu longuet, à l'image de cette nav, désolé. On a passé avec le courant le pont de Norfolk entre gros culs et bateaux surmotorisés du dimanche. On a piqué vers Little Creek Reservoir. On a tourné un bon moment avant de trouver une place de parking. Finalement, un gars nous a fait signe sur un ponton inespéré où j'ai pu aller m'amarrer. Un autre gars est venu nous saluer nous demandant si on avait besoin de quoique ce soit et il est revenu avec quatre bières bien fraîches qu'il nous a laissés siroter paisiblement... Quel accueil!  J'ai eu même droit aux customs le soir même... Mais petit uniforme plutôt sympa vu que tout était en règle! Il était plus de 20 heures. Des grains pétaient au dehors, mais plus pour moi!  A plus, les Golgoths... 

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30 juin 2017

Safety first...

J'ai l'impression que quelque chose se prépare à nouveau... Ça va faire un mois que je sillonne les eaux bahamiennes depuis Inagua. Me voilà sur l'île de Grand Bahama, au mouillage dans un des méandres maritimes de Freeport. En terme de mouillage, on touche le fond. Rassurez-vous, ce n'est qu'une expression... Je veux dire par là que c'est pas ce à quoi j'ai été habitué ces dernières semaines. Mon ancre a croché  dans des endroits souvent paisibles dignes des plus belles cartes postales.

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Alors là,  certes, c'est calme. Mais c'est un peu la sinistrose même avec au loin, la rangée de p'tites maisons colorées qui ressemblent de toute façon à des boites de chaussures. 

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Du coup, j'me dis que c'est pas pour le charme du coin qu'ils sont là.  Ils sont partis et revenus plusieurs fois. A chaque fois, ils sont partis calmes et sont revenus énervés. Ils sont partis à vide, enfin, avec des poubelles malodorantes tout de même, et sont revenus chargés comme des bourriques. L'annexe en bave, elle me l'a dit. Il y a eu la bouffe. Il y a eu du gaz. J'ai l'impression que tout était un peu compliqué à terre. L'annexe me l'a dit aussi... ils l'avaient amarrée là mais ça n'allait pas. Du coup, faut aller plus loin, ici... Tout ça dit avec le sourire, pour rendre service, pour être plus "safe". Mais bon, ça goûte les barrières qui mordillent un peu de liberté, un peu d'autonomie. A terre, pas grand chose pour des gens qui n'ont que leurs pieds pour se déplacer semblerait-il.  D'ailleurs, quand tu vois le gabarit des gens au volant de leur bagnole, tu te demandes s'ils se souviennent qu'ils en ont, des pieds. C'est presque comme dans ce film que les mômes regardaient souvent, Wall-E je crois.
A propos, je ne sais pas si vous savez, mais l'ordi de bord ne peut plus être rechargé.  C'est la tête du cable d'alimentation qui fait un peu la tronche je crois. Du coup, ben, je n'entends plus l'éternelle rengaine "Mamaaaaan,  on peut regarder un film?" . Cette question pouvait engendrer des humeurs bien maussades mais aussi des moments aussi calmes qu'une cour de récréation au milieu de l'été. Désormais,  les parents n'ont plus cette magique touche "pause" pour se ménager une retraite stratégique. Les mômes occupent l'espace vital en permanence.  Ça donne lieu à des scènes cocasses de pétage de plomb où père et mère se transforment en cocotte minute dont la soupape est défaillante. Les p'tits gars sont assez forts pour la gripper, cette soupape. Mais Marjane se défend elle aussi, attention! Ceci dit,  j'assiste aussi à des moments familiaux uniques.  Marjane et Fanch jouent plus que souvent aux doudous. Ils s'inventent des histoires à n'en plus finir sur le pont, en navigation ou au mouillage.

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Les bouquins sont dévorés à vive allure et la reliure des megaspirou a du mal à suivre le rythme. On parle de 'Boni' ou des 'Nombrils', en passant par 'Seuls' ou 'Louca'.

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Le jeu de Go est apparu ainsi que le Wom, un jeu haïtien. Le jeu d'échecs reste présent au top five.

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Parfois, les legos sont de sortie. Parfois les playmos. Parfois les p'tits soldats. Parfois, ils se mélangent même dans un joyeux bordel mêlant, tant qu'on y est la collection de capsules. 

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C'est même arrivé qu'ils prennent leur cahier d'écrivain! Finalement, ils s'en passent assez bien de leur ordi... Et puis,  je découvre les joies de la farine. Ils la transforment en tortillas, en p'tits pains, en scones, en pancakes, en pizzas, en cookies, en sablés... Les mômes aussi participent à cette farandole culinaire qui finit toujours par un haut moment gustatif partagé dans le cockpit où tout le monde est unanime sur le fait que c'est meilleur que toutes ces merdouilles sans nom que les supermarkets voudraient leur refourguer...! Vive l'autonomie, vive la liberté. Fuck you Etienne and Colette (Toledano et Nakache, 2009 pour les curieux). 

 

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Restera le plein d'eau et je crois que je serai paré.  J'avais entendu parler d'une histoire à New York. C'est sans doute par là -bas que mon étrave va pointer. Paraît qu'il y a une statue de la liberté là-bas...  

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23 juin 2017

Du crabe sans crabe, du sirop d'érable sans sirop d'érable etc etc...

Ons'approche des US même si on est tjrs aux Bahamas...

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11 juin 2017

Pélicans bleus comme les lagons...

Me voilà aux Bahamas depuis une semaine... Cette étape n'était pas vraiment planifiée et elle se décline en sous-étapes nombreuses. Je jette l'ancre dans l'eau chritaline de quelques cayes ou îles sur les 2000 qui tapissent les fonds. Certaines plus petites que le banc de sable de Guiriden ou des vieux Glénans sur l'archipel du même nom, sont à plus de cinquante milles des îles principales, la plupart chapeautées d'un phare en fonctionnement... On sent que les Britanniques sont passés par là. Souvent, ce sont les oiseaux qui annoncent que ma vague d'étrave se rapproche d'elles. Ils m'escortent alors jusqu'à elles et retrouvent là leur colonie, perdues au milieu de l'Atlantique, sans rien d'autre à l'horizon que la houle qui danse. 

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La lumière est intense et certains pélicans se colorent de bleu alors qu'ils survolent les eaux turquoises, magie de la réflexion! Si j'ai bien compris, des salines enchantent certaines îles, laissant des couches de sel aveuglantes qu'on pourrait presque confondre avec de la glace!

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Le vent souffle constamment. Hier, des grains orageux ont grondé, juste avant d'arriver sur Long Island puis aussi le soir un peu, au mouillage. A chaque fois, je me sens petit! J'aimerais courber mon mat pour mieux saluer ces colères... Mais, comme Marjane l'a précisé à son frangin, c'est beau aussi, ce qui fait peur! Alors du carré ou du cockpit pour certains intrépides, mon équipage et moi, on regardait le ciel se zébrer dans la nuit.

Je vais remonter doucement vers le Nord, moi qui pensait presque que mon compas était bloqué sur le 270 depuis le temps! Mais c'est cool, on m'a affublé du spi!

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Il semblerait qu'on ait un rendez-vous à New York et un autre à Halifax un peu plus tard! Autant dire que j'ai intérêt à savourer l'eau à 28 degrés, les poissons colorés et ces vents constants que sont les Alizés!

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15 mai 2017

Des petites aux grandes...

Voilà mes horizons élargis. J'ai navigué aujourd'hui plus à l'Ouest que jamais auparavant, quittant les Petites Antilles pour les grandes...

Je suis au fond d'une profonde baie protégée par des récifs sur l'île de Culebra... J'ai donc quitté les îles vierges où je suis resté quelques jours, passant des british aux américaines. Le terrain de jeu était bien sympathique avec pléthore d'îles et de baies, jamais très éloignées les unes des autres, offrant des abris qui enchantent tant au-dessus qu'en-dessous de la coque...

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Les britanniques m'ont gâté d'un temps qu'on peut qualifier de breton, n'ayons pas peur des mots...

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Alternant joyeusement entre cirrus, chape de plomb qui fuit comme vache qui pisse et cumulus dodus comme des cuisses d'américaines. On y a croisé le Rara Avis, célèbre navire breton qui était mouillé sur Virgin Gorda, non loin des Baths dont les blocs de granit chaotiques devaient être de lointains cousins de ceux de Ploumanach !

 

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Après avoir manœuvré administrativement pendant deux jours entre douanes et immigration, les membres du bord, maquillés de visage ingénu et de sourires polis pour faire face aux autorités toujours bien droites dans leurs bottes, ont fini par se faire tamponner le passeport pour les américaines... Ils y ont d'abord débarqué en ferry en fêtant la chose avec un digne burger d'après ce que j'ai compris. J'ai hissé les voiles le lendemain, parcourant à mon rythme le trajet englouti en vingt minutes par le ferry. On m'a également fait passer par des bureaux, enfin, pas moi, vous imaginez bien, seulement mes papiers! Et j'ai, moi aussi, réussi l'examen... J'ai un numéro officiel patati patata. J'ai donc pu prendre une bouée dans le national park de Saint John où un encadrement réglé comme du papier à musique anglosaxonne préserve faune et flore sous-marine.

Tandis que je me reposais calmement en me dandinant, homme, femme et enfants se sont équipés de palmes et tuba pour découvrir les récifs coralliens qui tapissaient les fonds... Ils revenaient, pupilles prêtes à exploser, gorgées de gorgones parmes ou vert pistache, de coraux cerveaux, de coraux en bois d'élan, de raies, de poissons perroquet, de vivaneaux, de girelles, de poissons-anges ou papillon.

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Leurs pieds ont ramené à mon bord du sable tellement blanc et tellement fin qu'il tromperait un amateur de sel sur un œuf dur ! Fanch nous a même gratifié de la présence d'un petit squale sous ma coque, Il a mis à peine une minute à partir avec son leurre et son hameçon, laissant le pauvre enfant en larmes sur le pont, et les autres refroidis pour la baignade! Sur les collines qui font un peu penser à la Drôme, il y a des feux d'artifice de cocotiers ou de baraques à couper le souffle où tout le monde se verrait bien une fois le périple terminé.

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Et en même temps, ces baraques, si magnifiques soient-elles, sans doute lumineuses comme une nuit de pleine lune et confortables comme un bon vieux rocking-chair, restent clouées sur leur pointe sans jamais en changer. 

Je crois, sans me vanter, qu'au bout d'un moment, mon étrave chantante et mon ancre leur manqueraient un peu !

 

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29 avril 2017

Fin de chantier, circulez!

C'est une vraie fourmilière autour de moi. Ça brique, ça frotte, ça colsonne. Le pont ouvre à 17h30... Passera, passera pas. On verra. Si ce n'est pas pour aujourd'hui, ce sera pour demain.

Me voilà donc à nouveau à l'eau, après maintes gouttes de sueurs de l'équipage, de tensions ou de relâchement. On m'a installé un détecteur de fuite électrique, un nouveau beau tableau bien chebran do it your self, des connexions étanches, etc, etc, etc... Niveau jus, je suis pas mal. Niveau patouille entre primaire d'accroche, primaire epoxy, antifouling, je brille presque comme un sou neuf. Mais il semblerait que la peinture n'ait pas vraiment bien accroché.  Après, je me dis que c'est mieux que ce soit la peinture qui n'ait pas accroché à la coque plutôt que mon équipage à mon bord! Avec ce genre de tuile, y'en a un paquet qui prenne la poudre d'escampette et vont cueillir des fleurs plutôt que de l'écume. A priori, ils sont prêts à remonter pour d'autres aventures. Et puis, s'il faut le repeinturlurer quelque part, on visera une escale avec sableuse et tuti quanti!

Je tiens à remercier tous ceux qui ont soutenus mes moussaillons par leurs messages, par leur courrier, par leurs colis garnis! Ils ont à chaque fois redoublé d'énergie après ces gentilles surprises!

Allez, il est 16h47. Va falloir que je me prépare à passer le pont... Puis, selon mon bon Georges, ce s'ra tout de suite l'aventure!

 

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21 mars 2017

De l'expérience du labyrinthe...

Voilà presque déjà une semaine que je suis sorti de l'eau. L'état de ma bedaine ne semblait guère réjouir mon equipage. Je crois même que ces plaques de peinture et ces traces de corrosion leur bouffaient le cerveau. Ils étaient cernés et avaient les traits de visage aussi tendus qu'un Corleone contrarié.
Les nuits un peu chaudes et vrombissantes de moustiques affamés n'arrangeaient rien à l'affaire. Le recherche labyrinthique de personnes compétentes, les coûts élevés des différents devis faisaient presque sonner le glas de notre aventure. J'entendais parler de retour en métropole, de travail sur place, de scolarisation temporaire ou non des nimbus. Bref, tout un tas de bifurcations qui tournaient en rond dans leurs neurones surchauffés  et qui ne nous menaient pas vers Panama en tous les cas.
Mais il y a eu des rencontres et des retrouvailles qui permettent de prendre de la distance par rapport à cette situation qui aurait pu être bien plus dramatique finalement. L'équipage d'Alcyon,  d'abord, qui les a  apparemment régalés d'un festin fait de lasagnes, fromages et vins français presque oubliés de leurs papilles. Ensuite, les iguanes, la poiscaille et les autres enfants qu'abritent le chantier et ses alentours et qui réjouissent mes moussaillons. Puis, les voisins de chantier qui se sont montrés ressources en bons tuyaux et sages paroles... Et hier enfin, c'est un champion du court-circuit qui est venu jeter un coup d'oeil aux méandres ampériques de mes entrailles où Arianne n'avait hélas pas laissé son fil! Il procède étape par étape et propose que Sabine et Jean-Sam mettent eux aussi les mains aux câbles sous son égide. Il y a un sacré bordel vraissemblablement, un véritable entrelacs de psychopathe du dominos et de la pince crocodile ... ce qui pourrait donner une fuite électrique, le pire des trucs qui peut arriver sur une bedaine en alu! D'où la perte de matière de celle-ci! Il y a aussi eu Thierry qui nous a peut-être permis de trouver une solution pour me gratter la bedaine sans ponceuse, ce qui serait vraiment un gain de temps et de confort... Car le "je ponce donc je sue" doit prendre tout son sens ici sous les Tropiques!
Pas à pas, ou fil à fil, les choses se mettent en place. Je crois que l'idée est de les faire bien et un maximum soi-même pour limiter la douloureuse finale. Et puis l'équipage fera le point du bilan à la sortie de ces dédales afin de déterminer le cap à prendre.
Tout l'équipage remercie une fois de plus tous ceux qui ont contribué à l'arrivée de Zizou, notre fier régulateur qui profite de chômage technique actuellement! Sans vous, ce coup de massue-ci aurait pu prendre des airs de guillotine... Le moral n'est pas encore en tête de mat mais semble avoir quitté mes étroites et sombres cales! 

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08 mars 2017

Une boîte à vraies lettres...

Beaucoup d'entre vous  nous ont demandé, parait-il, une adresse postale pour pouvoir nous envoyer des petits mots doux, des dessins extravagants ou des colis chargés de trésors ! 

Voici celle du chantier où on va me sortir de l'eau pour checker ma coque et ses appendices : 

BATEAU BELUGA

CHANTIER NAVAL POLYPAT CARAIBES

Pont de Sandy Ground
BP 4012
97064 Saint-Martin Cedex

J'y serai à partir du lundi 13 mars pour au moins une semaine! Alors, juste entre nous comme ça, les quelques courriers reçus jusqu'ici ont vraiment enchanté mes moussaillons, les petits comme les grands!  N'hésitez pas, c'est chouette le voyage mais c'est bon aussi d'y sentir ses racines...

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05 mars 2017

Alpha Blondy joue presque de la cornemuse!

Ca y est, j'ai levé l'ancre de la Guadeloupe. J'ai remonté la côte sous le vent... Je m'y suis fait flatter la croupe par quelques tortues à la pointe de Malendure qui, heureusement, cette nuit là, portait mal son nom : j'ai juste un peu roulé et supporté quelques douces colères du vent. A l'aube, ils m'ont emmené barboter à la réserve Cousteau qui était juste en face, sur les ilets aux pigeons. A nouveau, des myriades de poissons en tout genre sont venus faire les curieux autour de ma coque pour le plus grand plaisir de mon équipage ! Puis, j'ai passé une dernière nuit à l'anse de Deshaies où des bars surplombaient la plage tout en laissant s'évader des odeurs de barbaque grillée qui faisaient saliver jusqu'au plus petit moussaillon du bord...
On a mis le cap le lendemain vers des îles où l'anglais est de mise, un anglais tout aussi épicé que le français de Guadeloupe !
D'abord Montserrat, encore un île volcanique qui m'a quelque peu impressionné ! En approchant par le sud, on voyait le monstre, toujours actif mais en sommeil pour le moment. Il avait mis, pour l'occasion, un chapeau de nuages gris et blancs qui aurait fait pâlir de jalousie la plus coiffée des bretonnes ! Au Sud, on voyait encore ses anciennes coulées de lave qui avaient dévoré en 1995 Plymouth, l'ancienne capitale et des communes alentours...

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Sur la carte, il y a toute une zone interdite qu'il est fortement déconseillé d'écumer du bout de son étrave avant de s'être renseigné auprès des autorités.  Bref, ça faisait un peu île fantôme. Y'en a un qui s'est tout de même éclaté malgré le côté lugubre du coin !

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On est resté une nuit seulement... Je crois que le but était d'arriver assez vite ailleurs car du vent était annoncé.


Ils m'ont donc à nouveau réveillé au petit matin pour viser Nevis... Le vent soufflait déjà bien, on m'a habillé de ma trinquette. On a passé Redonda,un gros cailloux tout seul!

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Et un nouveau volcan s'est dessiné sur l'horizon. Il m'avait l'air plus sympathique, emmitouflé dans une forêt généreuse.Mon ancre s'est posée sur un fond de sable ni noir ni blanc... Un peu entre les deux. Il était tout doux. La plage bordée de cocotiers était parée de quelques promeneurs. C'était plus accueillant que Montserrat !

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Puis, on est parti pour St-Kitts, la jumelle de Nevis. Le vent soufflait encore bien. C'est le foc qu'ils ont sorti pour l'occasion ! Le vent tournait autour de 25 nœuds, je filais tout de même à 6 nœuds au bon plein. Au mouillage, le vent soufflait encore bien et quelques nuages gris bien rembourrés ont même amené des belles averses et des jolis jeux d'ombre et lumière sur les collines rebondies qui entourent le lac salé du Sud de l'île... Il a presque des airs de loch. D'ailleurs, si le thermomètre n'était pas aussi généreux,  si on troquait les pélicans bruns contre des macareux, les bonnets verts-jaunes-rouges contre des kilts et Alpha Blondy contre une bon vieil air de cornemuse, ce périple aurait presque des airs écossais ou irlandais.

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12 février 2017

La houle, c'est tantôt haut tantôt bas!

J'ai quitté Mindelo mardi 24 janvier en début d'après-midi. Enfin, c'est ce que me dit le livre de bord tenu par mes chefs de bord aussi scrupuleusement qu'un inspecteur des impôts qui croit que l'argent du contribuable est le sien tient ses registres...
Ça soufflait bien dans le chenal qui sépare Santo Antao et San Vincente. On filait à plus de six noeuds sous trinquette et deux ris dans la GV. Mais, Santo Antao, c'est un peu la Tenerife du Cap Vert. L'île a un sommet qui n'a rien à  envier au Pic du Teide espagnol! Il me toisait de ses 1979 mètres de haut et surtout, m'a cassé les généreux Alizés  jusque tard dans la première nuit. J'étais sous son vent à ce satané sommet. Remonter le chenal pour passer au vent de l'île nous aurait obligés à faire du près dans une mer désagréable...
Bref, première nuit un peu frustrante...

Mais au petit matin, on ne distinguait plus Santo Antao et l'air hautain de ses hauteurs n'avait plus d'emprise sur le vent. Des poissons volants virevoltaient autour de ma coque.

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Ils m'ont toujours bien fait marrer ces individus qui semblent hésiter entre l'air et l'eau. Certains maîtrisent les deux éléments et réussissent des slaloms étroits entre des vagues rapprochées tout en caressant de temps en temps du bout de leurs ailes l'eau bleue. D'autres, peut-être plus jeunes, peut-être simplement très peu habiles, étaient à peine sortis d'une vague écumante qu'ils se prenaient la suivante en pleine face et s'arrêtaient telle une mouche qui se prend un pare-brise.

A bord, chacun prenait ses marques. Le temps était à nouveau rythmé par la vie des quarts. Ils avaient opté pour une tactique en 3-2-2. Ils commencaient par trois heures de veille et de sommeil puis deux et deux. Les levers et couchers de soleil balançaient tout cela. Le pain aussi, a fait son apparition au bout de la troisième ou quatrième nuit. C'est Jean-Sam qui s'y collait... et à la fin de son quart du petit matin, ça sentait la boulangerie dans le bateau,  avec un pain tout chaud qui sortait du four. Le déjeuner et le goûter étaient également des moments chaque fois attendus et marqués. J'ai vu défiler des burgers, des darnes de bonite fraîchement pêchée, des crêpes, des pizzas, des gâteaux au chocolat,  du stoemp, du gâteau au yaourt, de la soupe froide de betterave rouge, des pancakes...

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Bref, c'était presque Top chef à bord  gaque jour. Les mômes ont fait des cabanes de doudous improvisées ici et là dans mon ventre, ils ont joué aux capsules... Ils sont dingues des capsules et les collectionnent à plus soif,  ils seront incollables sur les bières de chaque pays à la fin du voyage ! J'espère que cela ne va pas heurter l'éducation nationale! Et donc, ils s'inventent des jeux auxquels le plus expert des gamers ne comprendrait sans doute rien de rien! Ils ont essayé de toucher du bout de leur pied ma vague d'étrave qui n'en finissait plus de chanter... Ils ont bouquiné pas mal. Après le réveil,  même Fanch prenait un j'aime lire et le lisait à haute voix, lové dans les bras de sa mère. Ils ont très peu regardé de films et les jeux numériques sont toujours interdits de bord! Bref, c'était plutôt sympathique.  

En fin de première semaine, assez rapidement en fait, le vent s'est établi autour de 25 noeuds, parfois plus, parfois moins. La houle a pris de l'embonpoint et écumait de partout... La mer est devenue forte et, peu à peu, elle est même passée à grosse. Je dévalais des collines d'eau bleue. Ça déferlait tout autour...

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C'était surtout la nuit que le vent se faisait capricieux, avec des grains qui amenaient des rafales et même de la pluie parfois. Ils ont joué avec ma garde-robe comme ils aiment bien faire dans ces cas-là... Je suis passée à trois ris dans la grand voile et trinquette... Puis, ils ont carrément fait tomber la GV et ne m'ont laissé que la trinquette à l'avant. Très vite, le génois tangonné est venu lui tenir compagnie. Moi, j'étais bien. On a bien rigolé avec Zizou. C'est un sacré équipier, en or même! Je salue à nouveau au passage ceux qui  l'ont aidé à embarquer avec nous d'ailleurs! Je me bouffais presque 150 milles par jour.

Mais, ça tire sur la couenne de l'équipage  ce genre de condition...   Mes mouvements parfois rendus brusques par ceux de la mer, étaient susceptibles d'envoyer dinguer n'importe quel sumo d'un bout à l'autre du carré ! Tout devient compliqué et exige des efforts... Faire à manger, ranger, faire pipi ou plus gros, se faire une toilette de chat, se brosser les ratiches, s'habiller pour la nuit, s'habiller pour le jour. Alors est arrivée la fatigue... surtout en fin de deuxième semaine. Les mômes mettaient moins le nez dehors et avaient moins de ressort. Les conflits ont, à l'instar de la houle, pris de l'embonpoint ! Mais entre les enfants uniquement. Entre Sabine et Jean-Sam, c'était un peu comme entre Zizou et moi!  Le temps leur est devenu un brin plus long,  aux petits monstres... La seule chose qui les mettaient encore en mouvement, c'était ma vague d'étrave et son écume ou leurs capsules.

Ma vague d'étrave, par Beluga, Maracuja 42


Les relèves de quart étaient plus douloureuses, avec un sas de passation de plus en plus court. La joie de celui qui allait se coucher était proportionnelle au dépit de celui que l'alarme de la tablette arrachait à ses rêves! Certains gestes devenaient automatiques... J'ai par exemple surpris Sabine en train d'essayer d'allumer ses lunettes de soleil qui reposaient sur sa tête,  à l'endroit même où la frontale séjournait la nuit.
Mais l'océan étalait chaque jour un doux camaïeu de bleu clairsemé des colères de l'écume et le vent permettait à l'eau de fredonner vitesse et bercement  le long de ma coque. Tous les deux, ils parvenaient à captiver les troupes et à faire du point sur la carte l'épisode d'une série aussi captivante que Game of throne...

Alors est venu un jour, le moment où je suis entré dans le dernier carré de la carte, le moment où j'ai passé le fuseau horaire de la Guadeloupe, le moment où il ne restait que 100 milles, le moment où mon étrave a découvert une langue de terre,  le moment du dernier souper et celui du dernier petit-déjeuner, le moment où on a allumé le moteur, le moment où on a affalé la dernière voile à poste, le moment où les aussières ont été frappées à mes taquets puis à ceux du ponton et enfin, le moment où je me suis immobilisé. Il y avait plus de 2100 milles entre mes deux dernières escales, un océan tout bleu, quinze journées et quinze nuits mais il y avait surtout l'histoire d'une drôle de tribu tantôt complice tantôt tiraillée, qui essaie d'avancer, avec des hauts et des bas, des cris de joie ou de colère, des fous rires ou des crises de nerf...

Maracuja 42, Beluga, en transat...

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