09 juillet 2017

En terres Golgoth...

J'ai quitté Grand Bahama Island samedi matin, il y a une semaine déjà. On n'était pas aux pièces, ça s'est fait en douceur après les incontournables pancakes. Mais le ciel était encore teinté de rose. Cap vers le gulfstream. Une trentaine de milles me séparaientt du tapis roulant, je les ai parcourus à l'aide de ma bourrique. Eole était aux abonnés absents. Je suis arrivé sur le fameux tapis en fin d'après-midi. Eole n'était toujours pas là. Malgré les deux noeuds qui se sont ajoutés sans douleur à mon compteur, j'étais un peu dans un état de somnolence avancé vu le ronronnement du moteur. La grand-voile me réveillait parfois par ses mouvements d'impatience, entraînant la bôme de babord à tribord et finissant dans des grands 'clak'... un peu comme une vieille dame endormie dans la salle commune d'une maison de retraite, son chat sur les genoux, sursauterait à la sortie claironnante du coucou du pendule. La vie à bord, c'était peinard entre pâtisseries et devoirs!

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En soirée, Eole a un peu soufflé, mais vraiment un tout petit peu... Trop timidement pour mes kilos! D'autres géants, en revanche, sont apparus à l'horizon. Vous savez, ces Golgoths où on aime retrouver des formes... Ils montaient silencieusement à mon vent jusqu'à atteindre des hauteurs dignes des plus hauts sommets new-yorkais.

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Une lune ronde comme une femme sur le point d'accoucher accompagnait ce joli spectacle. Le souci dans l'histoire, c'est que ces Golgoths, quand ils vous passent au-dessus du mat, amènent souvent vent, pluie et parfois tonnerre et éclairs !  Bon, le vent et la pluie, je peux faire le gros dos... Mais les éclairs en mer, c'est une autre histoire!  Oh, certes,  j'ai déjà croisé des voisins de pontons qui te rétorquent "Oh mais, euuuh, tu saaaaiiiiis, les éclairs,  ils préfèrent la crête des vagues que le mat" ou bien "Ooooh, mais il n'y a pas de souciiiii. Il y a vraiment très peu de probabilités pour que cela te tombe dessus tu sais!" ou bien encore "Aaah, mais faut pas t'inquiéter comme ça, il suffit de passer une chaine autour du mat et de la faire plonger dans l'eau"... Bref, tout le monde y va de sa p'tite recette ou de son bon tuyau! Mais zut, flut et même plus... Moi, j'ai les j'tons. C'est comme ça. Les statistiques et autres fabulettes n'y changeront rien. Taisez-vous donc! Chuuut! J'ai juste envie de rentrer au port et mettre mon équipage à l'abri. Donc, les fameux Golgoths, ils se sont mis à péter de ci de là sur l'horizon noir. Je crois qu'à bord, on n'aimait pas non plus beaucoup trop ça! On les guettait du bout des yeux ou du compas pour essayer de déjouer leur trajectoire afin de les éviter !  D'autres passaient leur inquiétude dans des histoires acabadabrantes de vaisseaux schroumpfs ou de points de croix en mode capsules.

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Les journées et les nuits se sont succédées un peu sur ce mode là.  Entre pétole, gros gras grains gris et gulfstream. Lui aussi, c'est une sorte de Golgoth! Dès que je m'éloignais un peu de la veine centrale pour négocier les grains ou le cap, on voyait bien à l'état de la mer que le grand Seigneur n'était pas trop content qu'on le quitte comme ça ! Les vagues dansaient comme les remous anarchiques d'une marmite bouillonnante. Bon, là,  elles dansaient encore un truc un peu calme. Mais avec un vent de Nord, elles seraient pas restées sur du reggae...! Bref, oubliez cette zone si vent et courant ne sont pas d'accord. Ça doit être proche de l'enfer sur terre, enfin, sur mer. Donc, on avait pétole mais finalement, on était un peu content. Jusqu'à ce que le pilote décide de faire la tronche... c'est le boîtier en plastique qui a lâché.  Du coup, il n'avait plus d'appui pour tenir la barre. Un peu comme si on demandait à un barreur de barrer sans son coude. Du coup, il a fallu barrer non-stop dans les moments de pétole ! Aussi passionnant qu'un épisode de l'inspecteur Derrick du dimanche après-midi... Autant dire que le temps a commencé à être longuet... on était presque content quand un grain pointait sa truffe, amenant enfin du vent et des sensations de barre!
On a croisé des dauphins.  Des Golgoths encore... C'était les plus grands qu'on ait croisés depuis le début de notre voyage. Des vrais Flipper le dauphin! Il y a eu les oiseaux aussi. Eux, les grains, la pluie, le vent, les éclairs, ils n'en avaient strictement rien à faire! En forçant un trait cartoonesque, on pouvait se les figurer slalomant entre les éclairs,  s'abreuvant de pluie dans un looping avant de redescendre en flèche vers le creux d'une vague!
Puis au soir du quatrième jour, on a aperçu des lumières sur la côte.  Mon étrave pointait vers elles. C'est toujours un peu la fête quand on voit une balise après une traversée.  Celle-ci marquait notre passage du cap Hatteras. Un peu tard dans la soirée,  il y a eu d'autres lumières.  Elles explosaient en gerbes lumineuses. J'ai cru d'abord naivement que c'était pour mon arrivée dans les eaux territoriales ou pour l'anniversaire de cousin Robin mais on était le 4 juillet! J'ai appris que c'était la fête nationale par ici!
Au petit matin, j'ai croisé les premiers pêchous. On n'était plus au Maroc ou à Haïti.  Des Golgoths encore... Comme on peut en voir en France aussi. La brume est arrivée.  On y voyait plus grand chose même si on sentait que ça allait se lever. C'est à ce moment là que le radar lui aussi s'est mis en grève !  Je sais pas ce qu'ils ont tous à faire la tronche... C'est peut-être car on a quitté les Tropiques. C'est vrai que la vie en slip, c'est fini. En tout cas la nuit ! On enfile les couches et le pantalon une fois le soleil couché. 

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Avec les gros grains, les cirés et vestes de quart sont sortis des placards, dégageant une odeur de soupe à  mémé!

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La mer n'était plus de ce bleu intense en arrivant! Tout le monde l'a remarqué à bord! Mais en même temps, elle est tellement fascinante quand la pluie s'abat sur elle en milliers de gouttes dans un tendre camaïeu de gris! Il m'a fallu une dernière journée entière pour rallier Norfolk. Le vent a fini par chasser la brume. Les voiles sont sorties mais le moteur est resté pour les appuyer. Des buildings se sont dessinés...

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La VHF s'est mise à nous parler. Mais franchement, on comprenait un mot sur dix dont le 'over' final, c'est dire! A un moment, on a vaguement compris qu'il y aurait un exercice de tir!  Puis ça a commencé à péter sur tribord. Welcome! Le truc pas du tout anxiogène après quatre nuits de sommeil hasardeux n'est-ce pas! Ah, c'est certain,  ça tient en éveil mais bon, c'est un peu agressif surtout quand tu es incapable de déterminer la zone! Ceci-dit,  il y avait des bateaux qui patrouillaient, ils nous auraient sans doute dit de dégager. Enfin, j'espère!  
Bref, je vais finir car c'est un peu longuet, à l'image de cette nav, désolé. On a passé avec le courant le pont de Norfolk entre gros culs et bateaux surmotorisés du dimanche. On a piqué vers Little Creek Reservoir. On a tourné un bon moment avant de trouver une place de parking. Finalement, un gars nous a fait signe sur un ponton inespéré où j'ai pu aller m'amarrer. Un autre gars est venu nous saluer nous demandant si on avait besoin de quoique ce soit et il est revenu avec quatre bières bien fraîches qu'il nous a laissés siroter paisiblement... Quel accueil!  J'ai eu même droit aux customs le soir même... Mais petit uniforme plutôt sympa vu que tout était en règle! Il était plus de 20 heures. Des grains pétaient au dehors, mais plus pour moi!  A plus, les Golgoths... 

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30 juin 2017

Safety first...

J'ai l'impression que quelque chose se prépare à nouveau... Ça va faire un mois que je sillonne les eaux bahamiennes depuis Inagua. Me voilà sur l'île de Grand Bahama, au mouillage dans un des méandres maritimes de Freeport. En terme de mouillage, on touche le fond. Rassurez-vous, ce n'est qu'une expression... Je veux dire par là que c'est pas ce à quoi j'ai été habitué ces dernières semaines. Mon ancre a croché  dans des endroits souvent paisibles dignes des plus belles cartes postales.

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Alors là,  certes, c'est calme. Mais c'est un peu la sinistrose même avec au loin, la rangée de p'tites maisons colorées qui ressemblent de toute façon à des boites de chaussures. 

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Du coup, j'me dis que c'est pas pour le charme du coin qu'ils sont là.  Ils sont partis et revenus plusieurs fois. A chaque fois, ils sont partis calmes et sont revenus énervés. Ils sont partis à vide, enfin, avec des poubelles malodorantes tout de même, et sont revenus chargés comme des bourriques. L'annexe en bave, elle me l'a dit. Il y a eu la bouffe. Il y a eu du gaz. J'ai l'impression que tout était un peu compliqué à terre. L'annexe me l'a dit aussi... ils l'avaient amarrée là mais ça n'allait pas. Du coup, faut aller plus loin, ici... Tout ça dit avec le sourire, pour rendre service, pour être plus "safe". Mais bon, ça goûte les barrières qui mordillent un peu de liberté, un peu d'autonomie. A terre, pas grand chose pour des gens qui n'ont que leurs pieds pour se déplacer semblerait-il.  D'ailleurs, quand tu vois le gabarit des gens au volant de leur bagnole, tu te demandes s'ils se souviennent qu'ils en ont, des pieds. C'est presque comme dans ce film que les mômes regardaient souvent, Wall-E je crois.
A propos, je ne sais pas si vous savez, mais l'ordi de bord ne peut plus être rechargé.  C'est la tête du cable d'alimentation qui fait un peu la tronche je crois. Du coup, ben, je n'entends plus l'éternelle rengaine "Mamaaaaan,  on peut regarder un film?" . Cette question pouvait engendrer des humeurs bien maussades mais aussi des moments aussi calmes qu'une cour de récréation au milieu de l'été. Désormais,  les parents n'ont plus cette magique touche "pause" pour se ménager une retraite stratégique. Les mômes occupent l'espace vital en permanence.  Ça donne lieu à des scènes cocasses de pétage de plomb où père et mère se transforment en cocotte minute dont la soupape est défaillante. Les p'tits gars sont assez forts pour la gripper, cette soupape. Mais Marjane se défend elle aussi, attention! Ceci dit,  j'assiste aussi à des moments familiaux uniques.  Marjane et Fanch jouent plus que souvent aux doudous. Ils s'inventent des histoires à n'en plus finir sur le pont, en navigation ou au mouillage.

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Les bouquins sont dévorés à vive allure et la reliure des megaspirou a du mal à suivre le rythme. On parle de 'Boni' ou des 'Nombrils', en passant par 'Seuls' ou 'Louca'.

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Le jeu de Go est apparu ainsi que le Wom, un jeu haïtien. Le jeu d'échecs reste présent au top five.

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Parfois, les legos sont de sortie. Parfois les playmos. Parfois les p'tits soldats. Parfois, ils se mélangent même dans un joyeux bordel mêlant, tant qu'on y est la collection de capsules. 

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C'est même arrivé qu'ils prennent leur cahier d'écrivain! Finalement, ils s'en passent assez bien de leur ordi... Et puis,  je découvre les joies de la farine. Ils la transforment en tortillas, en p'tits pains, en scones, en pancakes, en pizzas, en cookies, en sablés... Les mômes aussi participent à cette farandole culinaire qui finit toujours par un haut moment gustatif partagé dans le cockpit où tout le monde est unanime sur le fait que c'est meilleur que toutes ces merdouilles sans nom que les supermarkets voudraient leur refourguer...! Vive l'autonomie, vive la liberté. Fuck you Etienne and Colette (Toledano et Nakache, 2009 pour les curieux). 

 

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Restera le plein d'eau et je crois que je serai paré.  J'avais entendu parler d'une histoire à New York. C'est sans doute par là -bas que mon étrave va pointer. Paraît qu'il y a une statue de la liberté là-bas...  

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29 juin 2017

On vole à côté de Beluga...

Il n'y a pas très longtemps pendant la nav de Chuck Cay à Cystern Cay, nous avons fait quelque chose de drôle. Nous étions attaché à la drisse de spi par le baudrier. La première chose à faire, c'était enjamber les filières, ensuite s'asseoir dans le baudrier (sans lâcher les filières), puis, c'était le plus difficile, il fallait lâcher les filières et  se propulser avec ses pieds loin de la coque. C'était vraiment chouette. Ce que je préférais,  c'était quand je revenais près du bateau, car quand j'étais à 5 ou 10 mètres,  je commençais à avoir peur qu'un requin blanc vienne me chatouiller les pieds. Papa me ramenait vers le bateau avec le hâle-bas de tangon.  A un moment, papa est retourné dans le cockpit, me laissant seule avec le hâle-bas choqué (ça veut dire lâché). Il restait donc du mou et je me suis éloignée de Beluga... il n'y avait rien de dangereux, bien sûr, mais j'ai hurlé comme un cochon qu'on égorge.  Papa est revenu et m'a ramenée.  Fanch a pris la suite. Avant, c'était Malo. J'ai adoré faire ça même si ça m'a donné une sacrée frousse...

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L'eau, l'eau est là...

Aujourd 'hui, il y a eu un orage avec du tonnerre. Il a beaucoup plu. Maman et papa se sont lavés dehors avec la pluie. On a rempli les réservoirs d'eau en recueillant les gouttes avec des petits pots, des entonnoirs et des gallons. C'était bien!

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Saleté de courses...

Quand on fait des courses aux Bahamas, le plus difficile est de ne pas partir en courant devant les prix, les nombres de crasses et de gras dans presque n'importe quel produit de n'importe quel magasin. Nous avons trouvé des merveilles: sirop d'érable sans sirop d'érable, jus d'ananas sans ananas,... Sur une étiquette de sac de pilons de poulet, il était même marqué presque avec fierté : CONTIENT JUSQU'À 15% DE POULET. Quand nous passons par le rayon légumes, nous remarquons que presque la totalité du rayon est importée depuis l'autre bout du monde. Le rayon fromage, n'en parlons pas, au lieu du délicieux comté ou du chèvre moelleux, nous avons trouvé du cheddar jaune plastique ultra cher. Pour tout boucler, on a vu des hamburgers pancake ou encore des saucisses sucettes enrobées de pancake. Les prix aussi sont hallucinants... Pour le lait par exemple, le litre était à 7$ (environ 7 €).
Pour y aller, nous prenons souvent le bus.

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Mais pour revenir à l'endroit où nous amarrons l'annexe, comne rien ne peut se faire à pied vu les distances et qu'on est chargé comme des des mules, il faut prendre un taxi. Presque à chaque fois, ça se termine en engueulade car les conducteurs essayent de nous arnaquer en nous demandant le triple de ce que l'on avait conclu. 

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Au final, ce n'est pas très drôle d'aller faire des courses, mais encore moins aux Bahamas. Ceci dit, le bon côté dans tout ça c'est que nous devenons de supers cuisiniers en faisant tout nous mêmes et il faut avouer que nous raffolons du beurre de cacahuètes et de la pâte à tartiner Reese's.

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28 juin 2017

Carence or not carence?

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Ordi non rechargeable depuis quelques semaines... plus de films à bord! 

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Qui mange qui?

Alors que nous faisions une nav entre Long Island et Great Exuma Island, nous avons pêché un barracuda. Au début,  on pensait que c'était un thon ou une dorade, mais quand on a vu la tête du poisson, on peut dire qu'on a eu la vérité en face des trous.

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Nous avons continué tranquillement notre nav. Quand nous fûmes enfin à destination, Fanch et moi avions envie de nous baigner. Mais finalement, on s'est dit que bientôt on serait dans les plus beaux endroits du monde, alors on a continué notre base Legos. Puis, quand on faisait à manger, papa nous a appelés en criant "Wouaw, vite, venez voir!".

Nous l'avons donc rejoint sur le pont. Au début, on ne voyait rien, mais soudain, sont apparus, filant comme des torpilles, deux requins à pointe noire qui nageaient autour du bateau. Quand on a entendu les éclaboussures et la ligne de traîne qui se dévidait, avec le barracuda de l'après-midi, nous avons compris qu'un des requins était parti avec le pêchon. Nous avons remonté la ligne, et il ne restait que l'octopus qui avait servi d'appat. Et là,  j'ai appris quelque chose : tant que le pêchon n'est pas dans ton assiette, il a toujours sa chance ! 

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Mais où est Charlie?

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27 juin 2017

En avant les cookies...

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Maman et  moi, on a fait des cookies avec 300g de farine, 200g de sucre, 100 g de beurre, 2 oeufs, 100g de beurre de cacahuètes. On a fait les cookies pour le goûter. Ils étaient presque aussi bons que ceux de Zoé.

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24 juin 2017

L'hamburger dément

A Long Island, on a mangé un hamburger avec des frites en spirale. Il était délicieux mais tellement énorme que je n'ai pas pu le finir, au grand plaisir de papa et maman. A l'extérieur du restaurant, il y avait une piscine. L'eau était douce. Ça faisait bizarre de se baigner.

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