21 janvier 2017

La rue du Canada sur la plaza Estrella...

Je venais d'aller poser trente tonnes de linge sale dans un lavomatic. Il allait tourner pendant un bon bout de temps. Alors, je me suis assise pour boire un truc frais en observant la vie qui passait sur la plaza Estrella de Mindelo.

Il y avait une dame assez âgée derrière le comptoir de son petit bouis-bouis. Le nez un peu relevé, des yeux qui te regardent un peu de haut tout en restant curieux, presque tendres. Je lui ai demandé une boisson... Quand elle est sortie des coulisses, sa silhouette a dévoilé une longueur de jambes presque infinie pourtant coupée par une jupe qui lui descendait juste sous les genoux. Une jupe droite. Elle avait le pas ferme qu'accentuait le claquement des tongs sur le sol.  Elle avait des mollets encore bien dessinés et quelques varices dessinaient de jolies courbes en descendant sur ses chevilles. Après, il y a eu ses mains, elles avaient des doigts longs, ridés, fins, marqués d'une certaine raideur au milieu des doigts que finissent parfois par infliger les années qui passent.

Il y avait son homme avec elle. Un visage rond et bonhomme, plus souriant de prime abord que celui de la châtelaine. Il avait un air rieur : je l'ai senti toujours prêt pour la déconne.

C'était mes grands-parents. Surtout elle... Lui, je ne l'ai vu qu'après, par glissement en fait. Alors je les ai observés, du coin de l'oeil et j'ai savouré ce voyage spatio-temporel tout en me sentant un peu fragile, des images du 59, rue du Canada à Forest me remontant doucement d'on ne sait quel recoin de la tête ou plutôt des tripes.

On y est retourné plus tard, dans l'après-midi, avec les enfants. Elle nous a servi des assiettes aussi généreuses que celles que ma grand-mère nous sortait, quelque soit l'heure du jour à laquelle on arrivait chez elle.

J'y retournerai sans doute encore aujourd'hui... Et peut-être même chaque jour usqu'à ce qu'on parte.

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17 janvier 2017

Les arbres poussent sur les escudos capverdiens !

Beluga a fait escale sur trois des îles de l'archipel du Cap Vert...
La première,  c’était Sal. Nous avons jeté l'ancre à Palmeira, petit port de commerce et de pêche.  Un seul quai qui ne peut accueillir qu'un seul cargo qui charge et décharge tout près du port de pêche où sont regroupés surtout des barques qui sortent à la journée et qui paraissent minuscules face aux chaluts du Guilvinec.
Des rues et ruelles pavées de gros cailloux serpentent villes et villages où circulent surtout des pick-up, seuls les axes entre les villes sont macadamés. Quelques échoppes, presque uniquement tenues par des chinois, arrivés là on ne sait encore ni comment ni pourquoi. Échoppes qui tomberaient des nues même devant la grande surface d'une petite ville provinciale. L'Intermarche de Pleyben, ce serait le Beverly Hills du commerce ici... Pas d'"avenues" à marchandises dans ces chétives échoppes. On n'ose à peine appeler "rayons" les étagères qui exposent les quelques denrées. Au menu, boîtes de conserve d'origine portugaise, mais attention, très peu de plats préparés, juste la base comme des haricots rouges, des petits pois, du thon. Des huiles, de la farine, des légumes secs, du riz, un peu de pâtes.  Fini le festival des questions existentielles devant 47 marques de dentifrices, 53 marques de jus de fruits, 18 sortes de pâtes. Finis les caddies tiens aussi. Ça fait presque bizarre de s'imaginer un caddie au bout des mains!
Les fruits et les légumes sont à prix d'or. Ben oui, quand t'as fait l'tour de l'île, tu comprends mieux pourquoi. Tout est importé, des îles de l'archipel ou de plus loin.
Palmeira, c'est aussi des jeunes et moins jeunes assis à l'ombre d'arbres dans lesquels des gamins pieds nus grimpent. D'autres consomment une bière à la terrasse d'un café,  prêts à se déhancher à la moindre note de musique. D'autres encore jonglent une balle au pied sur la plage, au milieu de chiens curieux prêts à mordre dans l'objet rondelet.  Un enfant invente le principe du syphon avec une vieille bouteille de plastique abandonnée et un bout de tuyau, il crée des volutes d'eau qui finissent sur les pavés poussiéreux après avoir été traversées par la lumière du soleil qui fatigue... C'est super joli.

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Boa Vista et le petit village de Sal Rei nous ont tendu leurs plages de sables blancs,  leurs dunes gigantesques, leur eau turquoise. Un écho des Glénans avec quelques degrés de plus. On ne dormait pas très bien dans le mouillage un peu rouleur les premières nuits, mais qu'est-ce qu'on s'est baigné par contre. 

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Ce petit bijou sur terre attire évidemment touristes et investisseurs... On a donc vu des paillotes comme dans les cartes postales où des gens bouquinent tout en se dorant la pilule et en sirotant un cocktail bien frais. On a vu des kite-surf à gogo et des veliplanchistes nous narguer à quelques brasses du bateau. On serait bien monté dessus! Tout ce business n'étant hélas pas aux mains de capverdiens mais d'italiens ou autres européens.  On a moins senti battre le coeur de Boa Vista, il s'est un peu perdu dans le sable blanc. Du côté de Sal Rei, un peu plus ceci dit... On avait l'habitude de débarquer sur une petite plage où étaient mouillés les barques de pêche du coin, un peu écartée de la grande dune là où nait la baie. Là,  on a vu des mamys capverdiennes venir se rafraîchir d'une baignade et se tailler un bout de discussion tout en infusant, on a vu des gamins venir jouer avec les nôtres, des pêcheurs débarquer leur recette alléchante... 

Depuis quelques jours, Beluga est dans la baie de Tarrafal, sur São Nicolau. A nouveau des rues et ruelles poussiéreuses pavées de gros cailloux, des échoppes tenues par des chinois, des gamins un peu partout... surtout sur le quai où tu peux débarquer en annexe. Ils sont là,  prêts à se porter garants de la sécurité de ton youyou, pour une piece6ou rien du tout.  Des pêcheurs qui coupent et nettoient le poisson à l'endroit du débarquement, des femmes qui le vendent deux pas plus loin, ainsi que des fruits et des légumes un peu moins chers que sur Sal ou Boa Vista. Parce que Sao Nicolau est moins aride. C'est une île plus jeune qui n'a pas encore souffert de l'érosion. On l'a parcourue un petit peu, avec un chauffeur de pick-up et un capverdien surnommé FaNch - on prononce, à l'ibérique, le A et le N...
On a vu du vert comme en Bretagne... Mais pas avec des pommes au bout, avec du maïs un peu. De la canne à sucre, des manguiers, des tamariniers, des trucs avec des sortes de haricots blancs au bout, des papayers, des plantes grasses Ouillettes, etc, etc... Attention, le maïs, c’était pas la crise du logement comme en Bretagne. Ils avaient de la place pour s'exprimer les épis.

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On a vu du jaune qui nous a fait un peu pensé au rouge de l'île de Sal. Grandes plaines désertes avec une végétation fragile, rase et cuite où déambulaient tout de même des troupeaux de maigres brebis ou chèvres.

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On a vu du noir et du bleu, sur la côte... avec des pêcheurs qui regagnaient leurs pénates après avoir nettoyés la poiscaille du jour ou avec d'autres touristes qui, bouche bée, contemplaient comme nous le travail de l'érosion dont est capable une mer houleuse. Bref, un éventail de couleurs baigné des sourires des gens qu'on a croisés.

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Alors oui, les étalages des épiceries sont presque aussi tristes qu'un frigo vide pour nous,  c'est rare qu'il y ait l'eau courante et on n'a pas pris de douche depuis presque un mois, les îles sont tout de même pas mal polluées de déchets qui volent avec le vent, il n'est pas rare qu'on se demande si on s'est pas un peu fait arnaquer,... Mais il y a quelque chose de juste beau ici... Quoi au juste ?  C'est un peu une mentalité à la con, finalement, de trouver jolies ces ruelles qui transpirent le manque, le précaire,  le rude. D'apprécier l'absence d'hôtels et de touristes à gogo qui doivent tout de même un peu favoriser l'économie capverdienne, ou pour le moins, on l'espère.
Au-delà de ça,  peut-être que ce qui est juste beau, c'est l'absence de superflu, le recours à presque rien pour tout : une canne à pêche avec une branche de canne à sucre, des voiles avec des sacs de riz cousus ensemble, un mat taillé dans les restes de la tige d'une plante qui a fleuri. Tiens, et puis d'ailleurs, on n'a croisé aucun panneau publicitaire... Ni sur Sal, ni sur Boa Vista, ni sur Sao Nicolau. Ce qui est juste beau, peut-être, c'est la liberté qui va avec tout ça, ils ont la tête fraîche des astuces qu'ils inventent pour palier aux manques, ils ont les yeux clairs, sans trop d'images prémachées par les lois de la vente... Et sur leurs escudos, il y a des arbres, des voiliers, des tortues et des instruments de musique! 

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08 janvier 2017

Dumbo canin...

On a rencontré un chien qui a des grandes oreilles, sur la plage de Palmeira, au Cap Vert. Il est rigolo, il nous suit partout en plus...

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05 janvier 2017

Pedra de Lume

Hier, nous sommes allés à Pedra de Lume sur l'île de Sal qui signifie sel en portugais. Elle porte ce nom grâce aux mines de sel exploitées au 19 et 20ème siècles. Le sel se forme dans un cratère volcanique des environs, il était transporté par téléphérique jusqu'au port de Pedra de Lume. Maintenant, on voit encore quelques barques dans le port. Sur le rivage, il y a des bateaux en acier très rouillés qui servaient sans doute à transporter le sel auparavant. C'était un peu bizarre ces anciens outils...
En se baladant sur les rochers, nous avons vu des trous avec du sel de mer à l'intérieur. Il était sûrement là à cause des vagues qui avaient rempli les trous. Après,  l'eau s'est évaporée à cause du soleil et du vent.

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03 janvier 2017

On passe le Tropique...

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Ils sont partout...

Prononcez "Bigoudawin"...

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Farniente tropical...

Depuis hier, nous sommes au Cap Vert sur l'île de Sal. On est au mouillage près de la petite ville et de la plage. Malo, Fanch et moi, on raffole se baigner autour du bateau. Parfois, papa et ou maman nous rejoignent.

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Vers midi, on mange léger car il fait chaud : tomates, concombres, carottes avec des bouts d'orange... Avec un peu de chips et du fromage et du pain. Après, on se repose puis on ressaute dans l'eau !

 

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On joue aussi sur le pont ou sur la jupe arrière. On s'est baladé en ville puis on s'est posé sur la plage où des enfants jouaient au foot. On a joué avec eux... Fanch, lui, s'est trouvé un copain chien qui courait après chaque bâton !

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Premiers quarts de nuit...

Pendant la traversée, j'ai fait quelques quarts... Un ou deux par nuit. Souvent avec maman. Le temps est à la fois long et court. On regarde les étoiles. J'ai vu Cassiopée et Orion. On écoute de la musique... Au début de la musique douce comme Moriarty ou Hindi Zahra puis de la plus énervée, comme Izia... De temps en temps, on regarde pour voir s'il n'y a pas de cargos ou de bateaux. C'est Zizou, notre régulateur qui barre dans ces moments-là. Tout autour du bateau, il y avait du plancton phosphorescent. Il s'illumine au passage du bateau, à cause des remous. C'est rigolo : ça fait plein de petits points jaunes ou verts fluo. Parfois, il y en a des gros comme une pomme qui explose... C'est joli mais au bout d'un moment, on a tout de même envie de rejoindre notre lit !

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A nos étoiles...

Quand on est parti, la mer était bien formée et le vent soufflait comme on ne l'avait plus senti depuis Gascogne. On savait que ça n'allait pas durer, que c'était juste un moment à passer.

Des vagues plus grosses que des maisons, avec des descentes comme des pistes de ski.... Certes pas des noires mais des jolies bleues ! Le train de houle était ridé, un peu comme le sable à marée basse quand il est marqué par le passage de la marée qui recule, ourlé de mini-dunes qui se répètent à l'infini. Là, les mini-dunes sur la plage devenaient des mini-vagues marquées par d'un fin trait blanc d'écume sur une vague plus ventrue,. Ca résonnait, le grand dans le petit, à la manière des fractales. Il y en avait des énormes, des paquets d'écume... Ils ondulaient sous l'eau, dans le dos des vagues avant de ressortir de l'autre côté en grande pompe, bruyants comme un train qui négocie un pont de fer.

Cette mer bien formée a rempli notre première journée et première nuit. Le rythme des quarts est revenu. L'appréhension de la nuit aussi. C'était difficile de rentrer dedans, jusqu'à la troisième nuit. Et c'est étrange car on aurait dit que le soleil, la lune et les étoiles avaient du mal eux aussi.

Le jour était pâle, d'une luminosité éblouissante mais sans contraste, trop blanche. Le soleil ne perçait pas ou très peu. La nuit était totale. Pas de lune, bon, ça, on le savait... mais pas d'étoiles non plus ! Rien. La panne d'électricité non-prévue en plein mois de décembre, où tu n'as ni bougie, ni briquet, ni alloufs, ni lampe de poche et où même, pas de bol, ton portable est à plat ! C'est pénible, hein, ce genre de situation à la noix. Quand tu sortais pour prendre ton quart de veille, t'avais l'impression de conduire une formule 1 les yeux bandés. Mais peu à peu, tes pupilles s'habituent et tu distingues vaguement la silhouette un peu moins sombre du foc sur l'horizon, comme tu distingues vaguement l'arête du mur des chiottes que tu allais te prendre en plein front. On s'habitue à tout...

Ni lune, ni soleil... Juste l 'obscurité que chasse la lumière et la lumière que chasse l'obscurité. Et bien, c'est plus difficile sans ces deux astres qui rythment tellement bien les journées de leurs lever et coucher ! Chaque prise de quart est un peu douloureuse sans eux... Tu restes quelques minutes les yeux rivés sur tes pieds, dans le flou, comme le restant de ton corps tout ouateux. Tu émerges, ou pas ou peu. Dehors, c'est parfois comme un dimanche chez mémé devant un feuilleton de l'inspecteur Derrick. Ta tête essaye de rester droite à surveiller compas et horizon ou écran carré de qualité discutable, mais la force irrésistible de Morphée la tire lentement vers le bas, tout comme tes paupières toujours trop lourdes. Tu parais rentrer en toi-même comme un trépied télescopique. Puis, quand une vague un peu plus grosse claque sur la coque ou que le coucou de la pendule à mémé hurle le temps, tes paupières et ta tête se redressent d'un seul coup, en un éclair... Et là, tu scrutes l'horizon toujours trop noir pour te réveiller, à la recherche des loupiotes d'un éventuel cargo. Tu te sens un peu ridicule, un peu minable. Tu espères toujours un peu que mémé ne t'a pas vu ! Il y avait bien le photoplancton. Il éclatait de lumière dans l'eau noire. Le sillage de Beluga était luminescent et l'écume de sa vague d'étrave aussi. Mais, c'est pas comme une étoile, une lune ou un soleil !

Au troisième jour, le soleil est revenu. La visibilité avec lui. Tous deux très timides au début. On a compris qu'un vent chargé du sable du Sahara avait soufflé... une pellicule jaune ocre tapissait tous les endroits au vent de Beluga. Il s'appelle l'Harmattan. La lune n'était toujours pas prévue mais quelques étoiles étaient bien haut dans la nuit. Tout ça s'est amélioré peu à peu. Les deux dernières journées pétaient de soleil et j'ai même aperçu le premier croissant de lune qui revenait. Les étoiles aussi sont revenues... La vie revenait autour de nous, il n'y avait pas que juste la lumière ou que juste le noir. Et là, on a pu constater qu'on avait laissé dans notre sillage quelques degrés de latitude Nord. La polaire, qui était à quatre ou cinq mains au-dessus de notre chêne à Kermargon, presque à pic au-dessus de nos têtes, trônait à seulement quelques centimètres de l'horizon, derrière nous. Et devant, dans le balcon, se dessinait la croix du Sud, cette constellation qu'on n'avait encore jamais pu contempler et qui inaugure vent doux et mer presque chaude pour nous, les Bretons adoptifs...

 

 

 

 

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Bonne année 2017

J'ai quitté Valle Gran Rey et ses conditions d'amarrage et de mouillage un peu pourries lundi matin à l'heure à laquelle où tout un chacun fait vrombir les cylindres de sa voiture... Moi, c'est ceux de mon moteur qui ont ronronné vers 7h30. Le départ de la veille ayant été reporté car les fichiers météo annonçaient une nuit bien difficile alors que mes capitaines étaient un peu sur les rotules et le moral en berne vu la distance qui les séparaient des festivités habituelles de fin d'année mais surtout des trognes amicales ou familiales ! Plus la fatigue du mouillage qui leur avait fait des valises un peu pesantes sous les yeux !

Les conditions du petit matin n'étaient pas plus clémentes, mais la fenêtre pour le Cap Vert risquait fort de se refermer après, avec des vents de Sud annoncés pour la fin de la semaine sur les Canaries. Ils m'ont donc largué les amarres alors que le jour venait de poindre. Au début, mes voiles étaient encore à l'abri avec la côte de La Gomera... J'étais quelque peu sous-toilé avec mon foc à l'avant qui ressemble presque à un string, même si c'est pas encore le tourmentin... Et pour aller avec, il m'avait accoutré de deux ris dans la Grand Voile. J'avais un peu l'air ridicule dans 15 nœuds de vent... Mais très vite, j'ai compris qu'ils avaient eu raison de m'habiller léger : ça allait être un peu chaud. Enfin, moi, comme ça, ça allait... Je filais à plus de 7 nœuds sur une mer qui formait des jolies petites montagnes russes, c'était l'éclate ! Par contre, dedans, les gosses s'éclataient moins. Ca nous faisait des vacances pour une fois ! Fanch est rapidement aller se cloîtrer sur le plancher de sa cabine avant, sur sa couette tout de même et s'est endormi. Il est rigolo ce petiot... Il a trouvé sa place : à chaque fois qu'il est bof bof, il s'endort au pied de sa banette et quand il se réveille, il va mieux ! Malo a rapidement ressorti son p'tit-dej et Marjie n'osait plus trop ouvrir la bouche de peur que tout ne sorte aussi. Ils sont restés un bon moment assis à l'abri de la capote, comateux, silencieux. Ils acquiesçaient à toute demande parentale... C'est dire s'ils étaient patraques ! Eux qui démarrent au quart de tour à la moindre consigne dans des débats argumentairement dignes des avocats les plus vaseux possible ! Là, ils observaient les vagues énormes qui déferlaient loin ou tout près.Il faut dire qu'ils étaient jolis ces monstres d'écumes, avec parfois, un éclair bleu turquoise luminescent à leur sommet, percé par les rayons d'un soleil pâle, peut-être un peu malade lui aussi devant tant de mouvements. Nous, on savourait ce silence enfantin pour se consacrer pleinement à la musique du vent et de la mer...

Le vent est resté fort et est même monté au large de Hierro, la dernière île des Canaries qu'une mauvaise visibilité ne m'a même pas permis de saluer ! Il y avait entre 30 et 35 nœuds de vent, avec des claques au sommet des vagues à plus de 35. On m'a mis un troisième ris dans la grand voile... Même dans le golfe de Gascogne, je n'y avais pas eu droit. La nuit, le vent est « retombé » autour de 25 nœuds pour s'essoufler au petit matin, à 20 nœuds. A bord, la vie est peu à peu revenue... Malo s'est plongé dans le deuxième tome d'Eragon et Marjane, dans le premier, Fanch piratait de temps en temps le calme en s'inventant des navires à aborder sur l'horizon ! Sabine et Jean-Sam avaient les yeux tantôt fermés, tantôt tournés vers la carte, le cap et l'horizon...

Le temps a filé, le vent s'est calmé, la mer aussi... Même si elle est restée énervée un petit moment ! Je descendais vers le Sud Sud Est. J'ai pas croisé beaucoup de copains par contre. Deux trois cargos, au loin, un ou deux piafs, une ou deux tortues. Quelques dauphins sympas sont venus jouer avec ma vague d'étrave, je crois qu'ils l'adorent. Mais bon, y'avait pas foule. J'ai passé le Tropique...

Le 31 ? Pas la grosse fiesta digne de celles de Kervel, du Parcou ou de Kermargon dont j'ai entendu parler...A la cape, le réveillon, à une trentaine de milles de Sal, l'île la plus à l'Est de l'Archipel. Impossible ou en tous les cas, vivement déconseillé d'arriver de nuit où que ce soit dans le Cap Vert. C'est con, moi qui avait filé comme l'éclair au début, voilà qui amortissait bien ma moyenne ! Mais bon, je préfère arriver entier un peu plus tard que jamais éclaté sur une sordide pavasse ! C'est donc le matin du premier jour de cette année 2017, après six jours de nav, que mon ancre s'est posée au fond de la petite anse bien abritée de Palmeira. Je ne bougeais plus...Tout mon équipage s'est affalé bien confortablement dans ma coque immobile pour ne partir à la découverte de Sal que plus tard dans l'après-midi ! J'allais enfin retrouver un peu de solitude et eux, la terre ferme...

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