03 janvier 2017

Premiers quarts de nuit...

Pendant la traversée, j'ai fait quelques quarts... Un ou deux par nuit. Souvent avec maman. Le temps est à la fois long et court. On regarde les étoiles. J'ai vu Cassiopée et Orion. On écoute de la musique... Au début de la musique douce comme Moriarty ou Hindi Zahra puis de la plus énervée, comme Izia... De temps en temps, on regarde pour voir s'il n'y a pas de cargos ou de bateaux. C'est Zizou, notre régulateur qui barre dans ces moments-là. Tout autour du bateau, il y avait du plancton phosphorescent. Il s'illumine au passage du bateau, à cause des remous. C'est rigolo : ça fait plein de petits points jaunes ou verts fluo. Parfois, il y en a des gros comme une pomme qui explose... C'est joli mais au bout d'un moment, on a tout de même envie de rejoindre notre lit !

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A nos étoiles...

Quand on est parti, la mer était bien formée et le vent soufflait comme on ne l'avait plus senti depuis Gascogne. On savait que ça n'allait pas durer, que c'était juste un moment à passer.

Des vagues plus grosses que des maisons, avec des descentes comme des pistes de ski.... Certes pas des noires mais des jolies bleues ! Le train de houle était ridé, un peu comme le sable à marée basse quand il est marqué par le passage de la marée qui recule, ourlé de mini-dunes qui se répètent à l'infini. Là, les mini-dunes sur la plage devenaient des mini-vagues marquées par d'un fin trait blanc d'écume sur une vague plus ventrue,. Ca résonnait, le grand dans le petit, à la manière des fractales. Il y en avait des énormes, des paquets d'écume... Ils ondulaient sous l'eau, dans le dos des vagues avant de ressortir de l'autre côté en grande pompe, bruyants comme un train qui négocie un pont de fer.

Cette mer bien formée a rempli notre première journée et première nuit. Le rythme des quarts est revenu. L'appréhension de la nuit aussi. C'était difficile de rentrer dedans, jusqu'à la troisième nuit. Et c'est étrange car on aurait dit que le soleil, la lune et les étoiles avaient du mal eux aussi.

Le jour était pâle, d'une luminosité éblouissante mais sans contraste, trop blanche. Le soleil ne perçait pas ou très peu. La nuit était totale. Pas de lune, bon, ça, on le savait... mais pas d'étoiles non plus ! Rien. La panne d'électricité non-prévue en plein mois de décembre, où tu n'as ni bougie, ni briquet, ni alloufs, ni lampe de poche et où même, pas de bol, ton portable est à plat ! C'est pénible, hein, ce genre de situation à la noix. Quand tu sortais pour prendre ton quart de veille, t'avais l'impression de conduire une formule 1 les yeux bandés. Mais peu à peu, tes pupilles s'habituent et tu distingues vaguement la silhouette un peu moins sombre du foc sur l'horizon, comme tu distingues vaguement l'arête du mur des chiottes que tu allais te prendre en plein front. On s'habitue à tout...

Ni lune, ni soleil... Juste l 'obscurité que chasse la lumière et la lumière que chasse l'obscurité. Et bien, c'est plus difficile sans ces deux astres qui rythment tellement bien les journées de leurs lever et coucher ! Chaque prise de quart est un peu douloureuse sans eux... Tu restes quelques minutes les yeux rivés sur tes pieds, dans le flou, comme le restant de ton corps tout ouateux. Tu émerges, ou pas ou peu. Dehors, c'est parfois comme un dimanche chez mémé devant un feuilleton de l'inspecteur Derrick. Ta tête essaye de rester droite à surveiller compas et horizon ou écran carré de qualité discutable, mais la force irrésistible de Morphée la tire lentement vers le bas, tout comme tes paupières toujours trop lourdes. Tu parais rentrer en toi-même comme un trépied télescopique. Puis, quand une vague un peu plus grosse claque sur la coque ou que le coucou de la pendule à mémé hurle le temps, tes paupières et ta tête se redressent d'un seul coup, en un éclair... Et là, tu scrutes l'horizon toujours trop noir pour te réveiller, à la recherche des loupiotes d'un éventuel cargo. Tu te sens un peu ridicule, un peu minable. Tu espères toujours un peu que mémé ne t'a pas vu ! Il y avait bien le photoplancton. Il éclatait de lumière dans l'eau noire. Le sillage de Beluga était luminescent et l'écume de sa vague d'étrave aussi. Mais, c'est pas comme une étoile, une lune ou un soleil !

Au troisième jour, le soleil est revenu. La visibilité avec lui. Tous deux très timides au début. On a compris qu'un vent chargé du sable du Sahara avait soufflé... une pellicule jaune ocre tapissait tous les endroits au vent de Beluga. Il s'appelle l'Harmattan. La lune n'était toujours pas prévue mais quelques étoiles étaient bien haut dans la nuit. Tout ça s'est amélioré peu à peu. Les deux dernières journées pétaient de soleil et j'ai même aperçu le premier croissant de lune qui revenait. Les étoiles aussi sont revenues... La vie revenait autour de nous, il n'y avait pas que juste la lumière ou que juste le noir. Et là, on a pu constater qu'on avait laissé dans notre sillage quelques degrés de latitude Nord. La polaire, qui était à quatre ou cinq mains au-dessus de notre chêne à Kermargon, presque à pic au-dessus de nos têtes, trônait à seulement quelques centimètres de l'horizon, derrière nous. Et devant, dans le balcon, se dessinait la croix du Sud, cette constellation qu'on n'avait encore jamais pu contempler et qui inaugure vent doux et mer presque chaude pour nous, les Bretons adoptifs...

 

 

 

 

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Bonne année 2017

J'ai quitté Valle Gran Rey et ses conditions d'amarrage et de mouillage un peu pourries lundi matin à l'heure à laquelle où tout un chacun fait vrombir les cylindres de sa voiture... Moi, c'est ceux de mon moteur qui ont ronronné vers 7h30. Le départ de la veille ayant été reporté car les fichiers météo annonçaient une nuit bien difficile alors que mes capitaines étaient un peu sur les rotules et le moral en berne vu la distance qui les séparaient des festivités habituelles de fin d'année mais surtout des trognes amicales ou familiales ! Plus la fatigue du mouillage qui leur avait fait des valises un peu pesantes sous les yeux !

Les conditions du petit matin n'étaient pas plus clémentes, mais la fenêtre pour le Cap Vert risquait fort de se refermer après, avec des vents de Sud annoncés pour la fin de la semaine sur les Canaries. Ils m'ont donc largué les amarres alors que le jour venait de poindre. Au début, mes voiles étaient encore à l'abri avec la côte de La Gomera... J'étais quelque peu sous-toilé avec mon foc à l'avant qui ressemble presque à un string, même si c'est pas encore le tourmentin... Et pour aller avec, il m'avait accoutré de deux ris dans la Grand Voile. J'avais un peu l'air ridicule dans 15 nœuds de vent... Mais très vite, j'ai compris qu'ils avaient eu raison de m'habiller léger : ça allait être un peu chaud. Enfin, moi, comme ça, ça allait... Je filais à plus de 7 nœuds sur une mer qui formait des jolies petites montagnes russes, c'était l'éclate ! Par contre, dedans, les gosses s'éclataient moins. Ca nous faisait des vacances pour une fois ! Fanch est rapidement aller se cloîtrer sur le plancher de sa cabine avant, sur sa couette tout de même et s'est endormi. Il est rigolo ce petiot... Il a trouvé sa place : à chaque fois qu'il est bof bof, il s'endort au pied de sa banette et quand il se réveille, il va mieux ! Malo a rapidement ressorti son p'tit-dej et Marjie n'osait plus trop ouvrir la bouche de peur que tout ne sorte aussi. Ils sont restés un bon moment assis à l'abri de la capote, comateux, silencieux. Ils acquiesçaient à toute demande parentale... C'est dire s'ils étaient patraques ! Eux qui démarrent au quart de tour à la moindre consigne dans des débats argumentairement dignes des avocats les plus vaseux possible ! Là, ils observaient les vagues énormes qui déferlaient loin ou tout près.Il faut dire qu'ils étaient jolis ces monstres d'écumes, avec parfois, un éclair bleu turquoise luminescent à leur sommet, percé par les rayons d'un soleil pâle, peut-être un peu malade lui aussi devant tant de mouvements. Nous, on savourait ce silence enfantin pour se consacrer pleinement à la musique du vent et de la mer...

Le vent est resté fort et est même monté au large de Hierro, la dernière île des Canaries qu'une mauvaise visibilité ne m'a même pas permis de saluer ! Il y avait entre 30 et 35 nœuds de vent, avec des claques au sommet des vagues à plus de 35. On m'a mis un troisième ris dans la grand voile... Même dans le golfe de Gascogne, je n'y avais pas eu droit. La nuit, le vent est « retombé » autour de 25 nœuds pour s'essoufler au petit matin, à 20 nœuds. A bord, la vie est peu à peu revenue... Malo s'est plongé dans le deuxième tome d'Eragon et Marjane, dans le premier, Fanch piratait de temps en temps le calme en s'inventant des navires à aborder sur l'horizon ! Sabine et Jean-Sam avaient les yeux tantôt fermés, tantôt tournés vers la carte, le cap et l'horizon...

Le temps a filé, le vent s'est calmé, la mer aussi... Même si elle est restée énervée un petit moment ! Je descendais vers le Sud Sud Est. J'ai pas croisé beaucoup de copains par contre. Deux trois cargos, au loin, un ou deux piafs, une ou deux tortues. Quelques dauphins sympas sont venus jouer avec ma vague d'étrave, je crois qu'ils l'adorent. Mais bon, y'avait pas foule. J'ai passé le Tropique...

Le 31 ? Pas la grosse fiesta digne de celles de Kervel, du Parcou ou de Kermargon dont j'ai entendu parler...A la cape, le réveillon, à une trentaine de milles de Sal, l'île la plus à l'Est de l'Archipel. Impossible ou en tous les cas, vivement déconseillé d'arriver de nuit où que ce soit dans le Cap Vert. C'est con, moi qui avait filé comme l'éclair au début, voilà qui amortissait bien ma moyenne ! Mais bon, je préfère arriver entier un peu plus tard que jamais éclaté sur une sordide pavasse ! C'est donc le matin du premier jour de cette année 2017, après six jours de nav, que mon ancre s'est posée au fond de la petite anse bien abritée de Palmeira. Je ne bougeais plus...Tout mon équipage s'est affalé bien confortablement dans ma coque immobile pour ne partir à la découverte de Sal que plus tard dans l'après-midi ! J'allais enfin retrouver un peu de solitude et eux, la terre ferme...

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01 janvier 2017

Des steaks sur les genoux et non dans les assiettes!

Nous voila arrives au Cap Vert apres une nav de six jours qu'on aurait pu ecourter d'une nuit : on a du se mettre a la cape (pour les non-voileux, c'est un moyen d'arreter le bateau) pendant dix heures car on ne peut arriver de nuit sur cet archipel...
On a fete 2017 plus sobrement que des chameaux! Avec un bon gratin dauphinois ceci dit, comme a Kermargon, l'annee derniere dis donc...
Tout va bien, on vient de debarquer sur l'ile de Sal au port de Palmeira... Absolument pas touristique, avec plein de gens dans la rue et de la musique qui sort des fenetres colorees! On croit qu'on va aimer... Ca sent presque le Maroc! Ca fait du bien de marcher a nouveau, em deliant les pas et non comme quelqu'un qui aurait le vertige et se baladerait le long des falaises de Nazare... Etrange impression d'avoir des steaks sur les genoux! On les aurait preferes dans nos assiettes hier...
Pas un bar avec le wifi, je suis dans un point internet avec des ordis alignes de partout (enfin, il y en a trois), institution antique deja pour nous, occidentaux nantis. Excusez donc mes erreurs, car le clavier est en qwerty...
On vous embrasse tous et on vous souhaite une bonne annee 2017, pleine de reves a realiser!

 

 

Ca fouffle

Petite video du debiut de nav un peu corse dans 30 noeuds de vent...

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25 décembre 2016

Tu vas la fermer...

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22 décembre 2016

Ça roule...

Me revoilà au mouillage! Enfin... J'ai quitté Santa Cruz vers 18h00 mardi. On est sorti du port peinard puis un gros grain est venu me titiller la poupe. Sabine et Jean-Sam ont de suite réduit ma tenue de bal pour une tenue plus sportive... Le vent est monté et j'ai de nouveau eu des sensations que je n'avais plus eues depuis longtemps! Y a pas à dire, passés 15 noeuds, je me sens beaucoup plus vivant... et mon équipage aussi!

Le vent est monté jusque 25 noeuds puis est redescendu autour des 15. L'eau filait sur mes flancs, chatouillait agréablement mes courbes arrondies! Puis, ça a molli sous le vent de Tenerife... J'ai un peu ralenti. 

Au petit matin, je suis arrivé au pied de falaises plus grosses que moi, bordées de plages de sable noir. A villa Gran Rey. Y avait un copain qui était là... il s'appelle Malin et à pour capitaine le parrain du Fanchou. Retrouvailles, récits des aventures respectives et jeu de tarot arrosés de mojitos,  bières ou caipirinhas dans cette petite ville gavée de touristes allemands. 

Mouillage sympa mais un tantinet rouleur... Au moins, l'équipage ne va pas se desamariner! Si j'ai bien compris, on va attendre le gros rougeaud dans le coin et décoincer dès que faire se peut vers le Cap Vert pour essayer d'y passer le 31. La fenêtre météo semble se maintenir. Ils essaieront de vous envoyer des photos. 

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16 décembre 2016

Le sens marocain de la vente...

Comment contre-argumenter?

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Cachééééé, coucou...

Vous voyez ces jeux avec cinq ou six billes alignées horizontalement, on en lève une d'un côté et pouf, quand elle retombe, elle lève son opposée. Ou plus simplement les tape-cul qui font rebondir les p'tites fesses des mômes dans les plaines de jeux, une fois l'un, une fois l'autre. Ben c'est un peu comme ça, la vie en quart.

On a repris notre rythme d'une heure cinquante de dodo, dix minutes de battement et de deux heures de veille. On appartenait donc trois fois deux heures à la nuit, à sa lune qui était presque pleine, à ses étoiles un peu timides vu les reflets d'argent de cette dernière sur la mer.A chaque fois que le soleil accélère sa course vers l'horizon et teinte le ciel de ses couleurs, tu te sens un peu petit. C'est un moment qu'on ne loupe que rarement. Il y a quelque chose de presque cérémonial à se goinfrer de ses derniers rayons. Une fois qu'il est parti de l'autre côté, vient la nuit...Tes yeux doivent s'habituer à l'obscurité, tes oreilles sont aux abois du moindre son, ton équilibre du moindre changement de rythme dans la course du bateau. Le gamin qui sort avec sa lampe frontale allumée et t'explose les pupilles comme un radar ton compteur de vitesse, comprend vite à ta réaction, qu'il ne devra plus recommencer! Le radar, lui, ne comprend pas hélas! Car ça prend du temps de s'habituer au noir, de rentrer dans la nuit pour qu'elle t'appartienne un peu. Bon, là, la Lune était là, se couchait tard, peu de temps avant que l'astre solaire ne revienne. Donc, c'était plus aisé que par une nuit nuageuse sans lune.

Ton sommeil doit, quant à lui, s'habituer à l'alarme qui sonnera trois fois... Hachant menu tes rêves, coupant court à tes soupirs d'aise, t'agitant de mouvements aléatoires et maladroits pour taper sur la gueule de cette machine qui t'en fait presque devenir une. Tu dois profiter de la première minute allongée, apprendre à respirer pour que tes yeux pénètrent rapidement dans leur propre nuit, où aucun cargo ne risque de t'éventrer! Une fois que tu as fait taire l'alarme, à la mine! Tu mets tes chaussettes, tes bottes, ta veste, éventuellement une écharpe et un bonnet, presque mécaniquement, encore enrobée de coton tout doux. Tu sors et celui qui veille rentre profiter de la couette à son tour... Tu deviens la veilleuse. Tu retireras ton bonnet à un moment, tu quitteras le coton pour la veste de cuir et ton harnais deviendra une guitare électrique, tu hurleras les paroles d'Izia aux vagues qui se sont transformées en fans en délire!
Et ça recommence au bout de deux heures.              

Peu à peu, une partie du ciel devient moins sombre à l'Est. C'est celui qui chauffe, rassure, éveille qui revient. La nuit descend alors que lui monte. A nouveau des oiseaux volent!

Comme les tape-culs, comme les billes. Et c'est chouette car ce genre de petits jeux plaît en général aux gamins. Ils ont donc goûté, évidemment au soleil qui tombe, la nuit qui monte... Mais cette fois aussi, un peu aussi à l'alarme, au bonnet et au concert rock!

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15 décembre 2016

Escale prévue atteinte !

Me voilà bien arrivé aux Canaries, à Tenerife. 

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Je suis à Santa Cruz depuis hier, dans la nuit... Mes belles formes en alu ont touché le quai vers 3 heures de matin dans la nuit qui était d'une douceur qu'on avait pas encore vraiment sentie depuis le début du voyage. La température de l'eau aussi... ma coque filait dans une eau à 20 degrés!

Je crois qu'on ne va pas rester quinze ans ici... car l'île offre pas mal de mouillages... donc, ceux qui voulaient envoyé un colis, attendez une nouvelle adresse! Et ceux qui l'ont fait, peuvent-ils nous contacter pour nous prevenir de la date d'envoi? Merci à tous... 

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09 décembre 2016

L'argent n'a pas d'odeur?

... Je ne sais pas qui est le crétin qui a sorti ce dicton, mais ce jour-là,  il ne devait pas avoir les narines en face du nez tout de même! 

Évidemment que le flouze a une odeur... On dit bien "ça pue le fric!", là ok, je suis d'accord!

Essaouira est un petit joyau de la côte marocaine. Quand tu arrives en bateau,  tu aperçois des cailloux découpés où vient s'éclater en écume bouillonnante la houle, même calme, une île débordée par la présence d'oiseaux en tout genre et une enfilade d'habitations tantôt rouges brique, tantôt crème comme un lait russe. On aurait dit Douarnenez depuis Beluga.

Le port est un régal pour les yeux... Ça grouille de partout, les gens crient leur pêche, leurs efforts, leur joie des caisses bien remplies. Ça circule à vélo, en mobylette, en tchouktchouk, en voiture... Bref, ça fourmille dans un joyeux bordel un peu crasseux que j'aurais pu scruter la journée durant.

La ville, c'est un autre monde. On a été saisi par le contraste avec Salé qui avait plutôt les allures du port d'Essaouira que de sa médina. J'en avais presque mal au bide dis donc...

Tout y est propret, charmant, mignon, arrangé. Le souk est une enfilade d'échopes colorées au fond desquelles tu te retrouves en un clin d'oeil avec un magnifique collier berbère dans les mains, sans savoir comment! Ils sont des virtuoses, ces marchands, des grands malades de la bourse, des tacticiens hors pair dans la technique de vente, des magiciens du verbe (les italiens font bien triste mine face à eux)! Et vas-y que je te fais un cadeau au blondinet, un autre à la blondinette.  Paf, ils ont les gosses dans leur poche d'ailleurs bien taillée..."Il est trop gentiiiil le monsieur...!". Ceci dit, c'est bien sympa tout de même de se retrouver à boire un thé à la menthe avec eux et à se faire baratiner des proverbes berbères en veux-tu en voilà! Et finalement, tu ressors avec un magnifique collier berbère dans le sac que tu as négocié "comme une vraie berbère".

Bref, c'est sympa mais c'est un peu Disneyland ou Locronan si tu forces le trait! Tout y fait pour que les touristes que des cars dégueulent du matin au soir allègent un peu le poids de leur bourse (au singulier hein!). Tu te demandes un peu où est la vraie vie, tu te dis que tout cela, pue un peu le fric tout de même et que ce satané blé a même dénaturé les pavés de cette jolie ville!  Reste plus qu'à se perdre un peu plus loin  peut-être, dans des méandres trop tortueux et trop étroits que pour y sortir un zoom ou encore retourner se faire un café au bateau pour y faire entrer les parfums de la vie des pêcheurs, qui elle, finalement, n'a d'autre odeur que la sienne! Et surtout,à ramener l'autre imbécile à Essaouira pour lui recalibrer les narines!

On vous enverra des tranches de vie marocaine du port en photos prochainement!

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