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On en parle?

Nous avons toujours un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout, lutté contre les supports numériques. A la maison, ces foutus trucs rectangulaires ludiques ont suscité questions, débats, énervements, colère, enthousiasme, engueulades, enjouements, destruction massive à coups de bûche dans la gueule (si,si,si..) Bref, ils nous ont fait passer par tous les états émotionnels possibles.

Alors... On en embarque, on n'en embarque pas ?

C'était un moyen tentant pour les occuper pendant les navigations un peu longuettes ou un peu mouvementées où il est difficile de mettre le nez dehors ! A part cet argument massue, on n'en a pas vraiment trouvés d'autres. Ben non, car, même à terre, on n'en trouvait pas. Une fois que le gosse a ce truc dans ses mains (enfin nos gosses pour le moins), il se transforme en une sorte de zombie. Tout ce qu'il fait est destiné à y revenir. Exemple : après à tout casser dix minutes de Dong, Dong, Dong dans la cage à lapins...

«Maman, maman, maman, maman, j'ai joué longtemps dans le trampoline, hein dis ? »

- Oh oui, c'était chouette tes sauts !

- Je peux jouer à la tablette, alors ?»

Et leur désir irrépressible les pousse aux vices, usant de techniques dignes d'entrer dans le livre d'or de la mafia ! Dissimulation, mensonge, détournement, manipulation. Certains nous diront peut-être que c'est qu'on régulait trop, que ce n'est pas en supprimant qu'on résout le problème, que « comment ils vont faire ses pauvres petits alors que toute leur génération y joue, bordel ! ». Et blabli et blablou...

En mer, y'a toujours un moment où le temps se fait un peu long. C'est toujours trop long quand le bateau roule, toujours trop long quand ça piaule dehors et que tout vole dedans, c'est toujours trop long quand le bateau tape dans les vagues, c'est toujours trop long quand la ligne de traîne ne traîne rien, c'est toujours trop long de passer un cap, toujours trop long quand le vent ne souffle pas, etc, etc, etc. 

Alors, il y a eu une phase d'adaptation... « J'sais pas quoi fèèèèèèère ! », « J'mennuiiiie », « C'est nul le bateau, y'a rien à faire ! », « C'est trop petit, ici, pour jouer », « Mamaaan, tu veux bien jouer avec moi à un jeu mais je ne sais pas lequel et peu importe celui que tu me proposeras, il me donnera pas envie... », « C'est quand qu'on arrive ? », «Papaaaaa, tu veux bien jouer avec moi à un jeu mais je ne sais pas lequel et peu importe celui que tu me proposeras, il me donnera pas envie... ».

C'est là que le temps est devenu long pour nous. Trouver des idées, leur faire accepter que juste regarder autour de soi en se laissant bercer peut aussi être agréable. C'est là aussi que le temps est venu titiller nos nerfs. Car dans la plupart des cas, un môme qui s'ennuie trouve rapidement comme occupation principale d'ennuyer les autres. Je me demande si on ne peut pas étendre cette réflexion à beaucoup d'êtres humains d'ailleurs, pas seulement que les nains. Disputes, gueulantes, menaces. On est passé par un panel presque aussi large que celui que la tablette nous avait fait découvrir.

Puis, un jour, sans vraiment s'en apercevoir, la journée est plus lisse, ou pour le moins, moins rugueuse... Nos gorges ne nous chatouillent plus. Ben oui, car à force de crier, ça irrite les tuyaux.

Ils sortent des feuilles pour dessiner, souvent la loi des séries les frappe ! On a connu la série des dragons et des Elfes, Smaug et Legolas étant passés par Beluga un soir d'escale, la série des pirates assoiffés de sang et de trésors, la série des batailles de chars aux missiles mégasoniques à ultrasons.

Ils montent la descente un Yams, un Dou Shou Qi, un jeu de GO, un nain jaune ou un Dobble sous le bras. Ils commencent même à nous mettre en difficultés aux jeu d'échecs, les bougres! Même que des fois, ils arrivent à jouer ensemble un certain temps, toujours admirable pour nous même si on ne touche jamais à l'éternité, sans se mitrailler du regard, hausser le ton, s'arracher les cheveux, se crocher les canines dans le gras du bras, se lancer des glaviots, se harponner les naseaux à coup d'ongles trop longs, se donner des coups de gourdin ! Et attention, mesdames et messieurs, il leur arrive même de coopérer... Si, si, si. Organiser un sac de plage, planifier une vaisselle aux tâches très équitablement distribuées dans un tableau, partager le portage du fameux sac de plage où sont bourrés palmes, goûter, serviettes, masque et tubas, créer ensemble un jeu des sept familles en réussissant à se mettre d'accord sur les familles et sur chacun de leur individu!

septfamilles

 

Et enfin, le bouquet final : on les surprend les yeux dans le vague, ou plutôt, dans les vagues... perdus dans le bleu. On entend des réflexions qu'on espérait à peine... «Wouah, la couleur des falaises, ce soir ! ». Ou même, juste un « Oh » devant les montagnes arides du Nord de Santa Cruz que l'arrivée de nuit nous avait cachées !

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Alors, voilà, même si ça ne durera pas toute la vie, même si un jour ils auront certainement à nouveau de temps en temps un truc rectangulaire entre les doigts, ils sauront que c'est possible de faire sans et que le temps est bon aussi quand on l'entend s'écouler lentement comme l'eau sur la coque d'un bateau par vent fainéant!