Voilà un bon mois que Beluga est délaissé la journée et que nos pieds se trainent entre salles de classe et toitures.

La saison cyclonique suit son cours sans trop de mauvaises suprises jusqu'ici, nous invitant à toucher du bois et de la peau de singe et à commencer chaque journée par un coup d'oeil au site du NOAA. En passant, on rend hommage à la page facebook d'Olivier Tisserand dont le moindre mouvement est gueté comme la fin d'un gros grain et les posts accueillis à yeux grands ouverts puis lus avec une attention toute particulière. Chapeau bas Monsieur Tisserand et grand merci. 

Aujourd'hui, une pluie tropicale bat le pont. On entend presque les cocotiers, flamboyants et autres chanter sa venue. On en profite pour saisir la savonnette et se karchériser la peau sur la jupe arrière. On a ouvert les entrées de réservoir pour qu'ils boivent toute cette eau tombée du ciel. Marjane est partie célébrer l'anniversaire de Nathalia, une copine mexicaine de collège qui saluait douze années à son actif avec une pool party. J'crois qu'elles seront moins mouillée dans la piscine que dehors!

Hier soir, alors qu'on venait de poser nos postérieurs après une semaine bien remplie, le bruit d'un moteur d'annexe s'éveille sur l'horizon. Le ciel était devenu noir, un gros nuage nous amène rafales et vent fort. 

"Ohé, ohé, il y a quelqu'un?"

Un "oui, oui" sort mollement du carré, ne parvenant pas aux oreilles de l'intéressé.

"Ohé, ohé, il y a quelqu'un?" à nouveau. Plus assuré, plus ferme et ponctué de trois coups de mandale sur la coque. Mais quel est ce malotru qui s'invite de la sorte pour l'apéro? se demande-t-on!

"Un bateau arrive sur vous!"

Branle bas de combat... Un bateau au vent dérapait et nous avait pris pour cible. Présentant son flanc ventru au nez de Beluga, qui ne sourcillait pas, prêt à éperonner l'assaillant. Tout l'équipage était sur le pont, allumant le moteur, attachant pare-batte, branchant le guindeau et les instruments. Notre invité surprise, qui n'était finalement pas du tout là pour s'en jeter dans le godet, dirige vaillamment sa monture motorisée pour essayer de faire pivoter le boulet. Mais son aide précieuse ne sert, là, pas à grand chose, le boulet finit sur notre chaine, son safran ronronnant sous les maillons et termine dans notre étrave. Pour ne pas se faire emporter et risquer de finir définitivement saucissonné à l'intrus, on est obligé de larguer le mouillage et toute la chaîne, en ayant rapidement noué un pare-batte au bout pour pouvoir le retrouver. Plus tard, quand le boulet aura passé son chemin. 

Sans ancre, on se sent bien à poil. Certes, on en a une autre sous le coude au cas où. Mais bon, on s'dit que ce serait vraiment pas le moment de se choper l'oring d'un copain ou un vieux bout' oublié. On se dirige vers la marina tout près, à deux pas, le temps de parer Beluga de ses aussières... Le temps aussi de trouver les fameuses aussières que nous n'avions plus utilisées depuis, depuis, depuis... La Guadeloupe peut-être, en mai dernier. il fait sombre comme dans un grenier mais le vent souffle presque comme dans un réacteur. Beluga approche lentement de sa cible. Cible minée de trous, irmanisée... Le ponton avait subi les assauts du fameux ouragan, présentant  à certains endroits ses entrailles. On saute prudemment, on mule pour ramener la coque qu'écarte le vent. 

On passera la nuit là. Au petit matin, notre chaîne retrouve sa baille et nous notre tranquilité du mouillage. Le week-end peut commencer, enfin!