On est sur le point de mettre fin à notre petit tour dans les îles britanniques des Antilles, enfin, avant de rejoindre les îles vierges! On y a eu du vent, beaucoup de vent et on y a fait nos navigations les plus courtes du voyage.
Montserrat nous a laissé un drôle de goût. Le vent soufflait bien, le mouillage n'était pas très confortable et la description qui en était faite sur la carte était loin d’être engageante : "there is a small shelf where bottom can be found for anchoring but be warned the shelf drops off precipitously, if you drag off the shelf your anchor will be hanging straight down". Cette image d'ancre pendante dans le vide nous a un peu refroidis pour laisser seul notre gros Beluga et partir explorer l'île. On a apprécié la précieuse solitude du mouillage de Little Bay et on a filé le lendemain sans avoir mis pied à terre vers Nevis. On y a rencontré des autorités un point tatillonnes. Nous, ça a encore été... Mais le chef de bord d'un cata français était depuis quelques heures dans l'immigration office alors que Jean-Sam quittait les bureaux avec notre "cruising permit". Un matin, on a été surpris d'entendre résonner le son d'une sirène toute proche, comme dans une série policière... J'ai sorti la tête et là, à ma grande surprise, j'ai vu une espèce de cowboy avec un porte-voix interpeller de son timbre de bande-annonce de film américain, un bateau dont vraissemblablement tout l'équipage dormait ou était tout simplement absent. Son canot aurait eu le premier rôle dans Mad Max si le film s'était passé en mer et même son gilet de sauvetage prenait du coup des airs hostiles de gilet pare-balle! Ses yeux de lynx ont évidemment remarqué que Beluga n'arborait pas le drapeau exigé, il manquait à l'appel dans nos pavillons. Il a donc abattu sur nous son air autoritaire en nous demandant "Where is your flag?"... On n'aurait presque pas été étonné qu'il nous ordonne de mettre les genoux à terre et les mains derrière la tête dis donc! Alors, dans ces cas-là, on ne s'énerve pas, on répond  humblement voire on arbore un air vaguement niais de Golden Retriever qui regarde en s'en étonnant encore son maitre passer comme chaque matin le seuil de la porte pour vaquer à son quotidien! Et l'affaire passe, comme le maître passe la porte! On a rejoint St-Kitts après quelques nuits. Les paysages y sont tout aussi doux, le relief un peu moins tendre. L'amour de l'impératif égalé. On y a été assommé par le nombre de pancartes commençant par "no"...

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Une traversée jugée trop rapide d'une des rues de Basseterre, la capitale, s'est soldée par un gros coup de sifflet, une grosse voix et des gros yeux noirs de l'agent communal lui-même gonflé dans l'incontournable gilet jaune incarnant son incorruptible autorité. Sur le coup, on n'a à peine compris... On tournait nos têtes en tous sens pour identifier l'innommable coupable jusqu'à ce qu'on comprenne que c'était nous qui avions trop vite emboîté le pas et qu'on adopte à nouveau la technique Golden.
Mais, on a aussi profité des fonds marins colorés où il n'y a pas de pancartes et de mouillages où le nombre de bateaux n'excède pas celui des doigts d'une main. En balade, on a emprunté un chemin normalement réservé à un petit train à toutous, ils avaient sans doute oublié de clouer le panneau en interdisant l'accès aux piétons ou l'agent était malade.

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En minibus collectif, on a roulé à 55 m/h au lieu de 40 sur la route de l'île, avec des chauffeurs fans de reggae et de vitesse, ce qui est assez dingue si on y réfléchit bien. On a aussi vu les fameux petits singes verts de l'île, introduits par les français aux Temps Modernes. Ils avaient fini leur bain de soleil et repartaient sans doute dans leurs pénates, ils n'ont regardé ni à droite ni à gauche avant de traverser. On a vu d'autres singes aussi... Avec des grosses bagnoles qui roulent à fond de balle jusqu'à leur hôtel pour ne pas arriver en retard au golf et d'autres encore en train de rôtir, déjà bien rôtis par ailleurs, sous des parasols un peu beaufs.  Juste derrière la petite marina de Basseterre où une vie locale s'exprime au hasard de filets de pêche et de jeysers de bordel ci et là sur les quais, s'étend une zone qui ressemble étonnamment à un grand centre commercial. Là, d'autres singes encore, certains gras conme des churros, en sueur, tournent leur tête en tout sens, à l'affût de la bonne affaire duty free du siècle. Ils se ruent dans des boutiques qui vendent toutes les mêmes merdes avant de repartir sur leur gigantissime paquebot avec écran plat tout aussi géant sur le pont.

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D'autres font des selfies avec de pauvres bougres qui dansent, affublés de costumes soit disant traditionnels. Une discussion avec le dock master de notre petite marina confirme ce qu'on avait ressenti. Aucune de ces boutiques n'étant tenue par un 'kittsien', aucun tiroir caisse n'arrivera dans leurs poches. Et dire qu'il suffirait que les gens...! 
On s'est écarté de cette zone ma foi bien malodorante pour chercher le marché. On est passé par la gare routière, aussi un peu malodorante mais pas de la même facon, bordée de bars presque  improvisés. Des écoliers en uniformes, des dames chargées de courses, des jeunes et moins jeunes avec oreillettes ou gros bonnet rasta s'entassent dans des minibus qu'on aurait pu confondre avec les baffles d'un festival vu le volume de la musique qui en sortait. Sur la "market place", les etals abondent en ignames, mangues, gingembre, christophines, ananas, papayes, cocos, bananes et toutes sortes de fruits et légumes inconnus.

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Enfin un peu de vie locale, par ailleurs beaucoup moins blinquante que la zone décrite ci-dessus si on en croit les chaussures de la plupart des écoliers et les bancs publics faits de palettes et non de fer forgé comme devant les grosses verrues flottantes.

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Alors, après les matinées scolaires du bord, on a pris les minibus, dont les prix défiaient toute concurrence. A chaque fois, on se serait cru dans Duel! La première fois, on s'est arrêté au pied de la Brimstone Hill Fortress. On est monté jusqu'en haut à pieds. Certains touristes semblaient halluciner lorsqu'ils nous doublaient dans leur voiture de location ou leur taxi. La guichetière au visage aussi ferme que certaines pancartes a tout de même accepté d'adapter le prix de l'entrée aux EC dollars qui restaient dans notre porte-monnaie. Le fort nous a offert de belles vues sur Statia et sur la mer énervée ce jour-là par quelques grains provocateurs!

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On a parcouru les vestiges des guerres coloniales, Fanch découvrant avec plaisir de gros canons.

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Pour la deuxième journée,  le minibus nous a déposés aux Black Rocks. C'était vraiment bidon! Une vue sur des anciennes coulées de lave qui avaient formé de grands blocs noirs qui se jetaient dans la mer. Pour nous, bretons, c'était un peu comme si on demandait à un lunien de s'extasier devant du gruyère!

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Mais bon, il y aurait eu un joli sentier permettant de surplomber tout ça et d'évoluer dans un peu de nature, on aurait sans doute joué le jeu et le noir des blocs faisait tout de même un joli contraste avec les trains de houle blancs d'écume qui venaient s'y jeter. Hélas, il n'y avait rien après le bout de corde où pendait une pancarte commençant à nouveau par "no". On a tout de même longé la route, on a vu quelques singes verts qui nous ont sauvé notre balade, quelques chèvres suivies de leur chevreau.

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On a longé le chemin de fer du train à toutous qui nous a ensuite dépassés, tout le monde nous faisant de grands signes, peut-être nous ont-ils pris pour des singes eux aussi?

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On s'est posé pour goûter au milieu d'herbes un peu folles, ce qui est plutôt rare ici. On retrouve un peu cette passion du gazon des anglais! Puis on a repiqué vers la route. A peine dessus, un minibus déboulait tel une fusée de Cap Canaveral! Il s'est arrêté, on est monté, tout le monde se décalant pour nous. On est rentré sur Basseterre en traversant des villages où la vie ne semble guère plus facile qu'au Cap Vert mais où la musique résonne à chaque coin de rue. De retour dans notre petite marina, Fanch s'est arrêté devant les langoustes qu'un pêcheur entassait dans des sacs, sans doute destinées à un des restos de la jolie zone proprette, à un hotel de la côte ou qui sait, aux grosses verrues blanches. Il est revenu, tenant un des specimens par une antenne, la queue en mode tapette à souris. C'était cadeau.
En s'éloignant des pancartes, on a donc fini par trouver un espace-temps où on s'est senti bien, celui des vrais gens. Y a la façade et y a l'arrière-cour... Ceci dit, l'arrière-cour existe encore. En est-il de même sur St-Martin? On vous dit ça bientôt !