06 octobre 2018

Un boulet pour l'apéro!

Voilà un bon mois que Beluga est délaissé la journée et que nos pieds se trainent entre salles de classe et toitures.

La saison cyclonique suit son cours sans trop de mauvaises suprises jusqu'ici, nous invitant à toucher du bois et de la peau de singe et à commencer chaque journée par un coup d'oeil au site du NOAA. En passant, on rend hommage à la page facebook d'Olivier Tisserand dont le moindre mouvement est gueté comme la fin d'un gros grain et les posts accueillis à yeux grands ouverts puis lus avec une attention toute particulière. Chapeau bas Monsieur Tisserand et grand merci. 

Aujourd'hui, une pluie tropicale bat le pont. On entend presque les cocotiers, flamboyants et autres chanter sa venue. On en profite pour saisir la savonnette et se karchériser la peau sur la jupe arrière. On a ouvert les entrées de réservoir pour qu'ils boivent toute cette eau tombée du ciel. Marjane est partie célébrer l'anniversaire de Nathalia, une copine mexicaine de collège qui saluait douze années à son actif avec une pool party. J'crois qu'elles seront moins mouillée dans la piscine que dehors!

Hier soir, alors qu'on venait de poser nos postérieurs après une semaine bien remplie, le bruit d'un moteur d'annexe s'éveille sur l'horizon. Le ciel était devenu noir, un gros nuage nous amène rafales et vent fort. 

"Ohé, ohé, il y a quelqu'un?"

Un "oui, oui" sort mollement du carré, ne parvenant pas aux oreilles de l'intéressé.

"Ohé, ohé, il y a quelqu'un?" à nouveau. Plus assuré, plus ferme et ponctué de trois coups de mandale sur la coque. Mais quel est ce malotru qui s'invite de la sorte pour l'apéro? se demande-t-on!

"Un bateau arrive sur vous!"

Branle bas de combat... Un bateau au vent dérapait et nous avait pris pour cible. Présentant son flanc ventru au nez de Beluga, qui ne sourcillait pas, prêt à éperonner l'assaillant. Tout l'équipage était sur le pont, allumant le moteur, attachant pare-batte, branchant le guindeau et les instruments. Notre invité surprise, qui n'était finalement pas du tout là pour s'en jeter dans le godet, dirige vaillamment sa monture motorisée pour essayer de faire pivoter le boulet. Mais son aide précieuse ne sert, là, pas à grand chose, le boulet finit sur notre chaine, son safran ronronnant sous les maillons et termine dans notre étrave. Pour ne pas se faire emporter et risquer de finir définitivement saucissonné à l'intrus, on est obligé de larguer le mouillage et toute la chaîne, en ayant rapidement noué un pare-batte au bout pour pouvoir le retrouver. Plus tard, quand le boulet aura passé son chemin. 

Sans ancre, on se sent bien à poil. Certes, on en a une autre sous le coude au cas où. Mais bon, on s'dit que ce serait vraiment pas le moment de se choper l'oring d'un copain ou un vieux bout' oublié. On se dirige vers la marina tout près, à deux pas, le temps de parer Beluga de ses aussières... Le temps aussi de trouver les fameuses aussières que nous n'avions plus utilisées depuis, depuis, depuis... La Guadeloupe peut-être, en mai dernier. il fait sombre comme dans un grenier mais le vent souffle presque comme dans un réacteur. Beluga approche lentement de sa cible. Cible minée de trous, irmanisée... Le ponton avait subi les assauts du fameux ouragan, présentant  à certains endroits ses entrailles. On saute prudemment, on mule pour ramener la coque qu'écarte le vent. 

On passera la nuit là. Au petit matin, notre chaîne retrouve sa baille et nous notre tranquilité du mouillage. Le week-end peut commencer, enfin!

Posté par saabiinee à 21:01 - - Commentaires [4] - Permalien [#]


17 septembre 2018

Isaac et iguanes

Beluga et la baie de Marigot ont retrouvé le calme. Le calme d'avant Isaac. On a eu un début de semaine où l'eau du mouillage était lisse et transparente comme le vide. Elle reflétait nos visages comme un miroir. La tempête tropicale passant au Sud nous a un peu secoué à partir de jeudi fin d'après-midi. Notre anémometre a joué avec les quarante noeuds et le pont avec des pluies parfois aussi battante qu'une batucada. La chaîne de l'ancre, bien tendue sous les rafales, a fait son boulot comme notre nouvelle pioche, sans perdre leurs nerfs. On avait rangé tout ce qui pouvait faire du fardage.

20180913_140730 (1)

La houle qui rentrait un peu nous a bercés toute la nuit. Cartables gargantuesques avaient été mis à l'abri dans le coffre de la voiture entre deux grains, en fin de journée jeudi, la veille, par Jean-Sam. Allégeant dos et départ matinal du vendredi, ce qui n'était pas superflu. Au petit matin, il ne restait plus grand chose des colères du ciel, hormis quelques nuages exceptionnellement boudeurs. Florence, Hélène et Joyce ne sont plus grand chose, elles non plus. Mais la saison n'est pas finie et tous nos matins commencent rituellement par un coup d'oeil à la carte du National Hurricane Center.

41743025_580826459011111_5480503807295094784_n

42104283_652157751835336_2357134771382910976_n

Le quotidien prend sa place sur Beluga et dans nos journées. Chacun y développe ses nouveaux repères, s'y adapte. Ce n'est plus le hérisson qui anime le bitume de la cour mais l'iguane. Ce n'est plus la bouillasse lennonaise au seuil de la porte mais les vaguelettes qui jouent avec les boudins de l'annexe jusqu'à parfois surprendre nos postérieurs.

42045075_480153125721567_5442690876566405120_n

J'ai quitté le multi-niveau pour un niveau unique dans une école où le rouge de mon stylo est censé noter les têtes blondes. Je m'adapte à ça aussi en espérant déjouer ce rapport entre pourcentage et apprentissage. Les enfants aussi, s'adaptent à tout ça. A ces choses auxquelles on ne croit pas forcément mais avec lesquelles il faut composer un peu, en tous les cas pour l'instant. Et souvent, je me dis que c'est une sacrée chance que d'avoir été pendant deux années entières plongés dans un autre univers. Celui du large, dont l'air nous picote le regard plus d'une fois dans la journée.

Les bourgeons de prochaines navigations éclosent de ci de là dans nos têtes, ils seront peut-être en fleurs aux prochaines vacances. Avec comme pétales nos voiles affamées et comme tige, notre coque et sa vague d'étrave qui nous emmèneront vers des champs tout bleus... 

Posté par saabiinee à 00:41 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

31 août 2018

Le silence du burger et du yoga

Ce matin, j'étais à nouveau entre les quatre murs d'une classe... Venue pour la première fois à l'école histoire de préparer un peu la semaine prochaine qui approche à grands pas. Moi qui pensait être un tantinet à l'arrache. Oulala, que nenni! C'est le bronx dans l'école. Ils en sont encore à vider les merdes stagnantes de l'année dernière. Bref, je crois que ça commence à être une règle sous ces latitudes : je serai toujours la plus stressée du lot! Du coup, une fois que je m'en rends compte, ça va beaucoup mieux déjà! 
Les enfants seront là dans deux dodos. Les cabines sont plus accueillantes qu'une chambre d'hotel trois étoiles et nos bras impatients à l'idée de les encercler tous les trois. Les valoches commencent à se remplir à Cosquinquis. Et l'Atlantique oriental se remplit de basses pressions. Un cyclone est en formation aux portes de l'Afrique. Il aura une trajectoire plus nord a priori, si Dieu le veut, Inch'Allah, en touchant du bois et de la peau d'singe comme d'hab. Mais bon, d'autres bébés suivent. On entre dans le vif de la mauvaise saison. 
La météo n'est plus la même. Beaucoup moins stable. Ca fait deux jours qu'on se tape des grains hauts comme le one World new-yorkais... Ils grondent de temps en temps, craquent en éclairs dont la lumière zèbre le jour ou la nuit. Tu te fais petit dans le bateau... Puis le vent, il monte et monte et monte comme la p'tite bête. Mais il fait pas guili. Il hurle comme on hurlerait au loup flirtant avec les quarante noeuds plus d'une fois dans la journée. 
Bref, vous imaginez mardi prochain? Quand il va falloir embarquer mes trois loustics dans l'annexe dodelinant sous les moutons avec cartables sur le dos, lunchbox entre les chicots et pieds baignants dans le jus de flotte qui stagne au fond! Ah, ça va être comique! On va s'marrer! Parce qu'en gros, des journées comme ça, si t'attends l'accalmie, tu peux ne jamais partir. 
On galère à trouver une bagnole qui roule et qui soit sécu. Les mecs ils te pondent des annonces avec des "dans l'ensemble, il roule" en parlant du véhicule qu'ils vendent à 2000 euros! Puis attention, quand tu as rendez-vous avec un mec et que tu essaies une bagnole, il te dit "parfois elle ne fait pas de bruit!" "Aaah wouais? Et tu le vends 1500 euros ton pot de yaourt qui chante et qui n'a pas le contrôle technique? C'est bien ça?" Non mais je te jure! Un poème... 
Résultat des courses, ben on n'a que nos pattes pour se déplacer. Ce qui veut dire qu'après l'annexe, on marche jusqu'à la gare des bus, on prend un taxi co jusqu'à l'école où on doit rebelote marcher! Déjà, de Kermargon, notre hameau à Lennon's school, c'était parfois folklo le trajet alors qu'il était en soi minimal, pour ainsi dire rectiligne et ne nécessitant qu'un support, la voiture, je me demande ce que ça va donner ici.
Bon, je force un peu le trait. Mise en place d'une nouvelle routine. Je n'aime ni la routine ni les changements Plus d'un me répondra que c'est souvent soit l'un soit l'autre pourtant et qu'en matière de changements, on n'est pas les derniers. Ben oui, c'est vrai. Ce que j'aime, c'est un quotidien qui change avec chaque sous-vêtement en fait. J'aime pas la routine qui dure... Un peu sans doute car il faut baigner dedans avant d'en trouver les soupapes où respirer. Tout ira mieux une fois que ce sera lancé, quand on aura trouvé nos silences dans la chanson de ce nouveau quotidien. Là, comme on ne le connait pas, on voit pas les soupapes, les pauses, les virgules. Et dans ces cas là, je me dis intérieurement qu'on s'rait pas mal dans une maison immobile à se mater des reportages animaliers tous les dimanches!
Sinon, comme j'aime bien me mettre des idées à la noix dans le ciboulot, j'ai entrepris de remplacer les coussins du carré. Après tant d'années à bord, ils étaient aussi frais qu'un hall de gare oubliée. On a investi dans une machine à coudre digne d'un char de l'armée rouge. Elle pèse un âne mort et les quadruple épaisseurs de cuir ne lui font pas peur. Elle envoie du bois notre grosse Bertha! Alors mes doigts ne sont pas encore ceux d'une fée niveau couture et j'ai souvent un bout de langue qui sort, comme une môme qui veut surtout pas que son crayon dérape et foire son coloriage de licorne magique, mais ça avance, douloureusement. On a reçu les dernières mousses à couvrir ce we, blanches comme des oeufs en neige et moelleuses comme des nuages. On va enfin pouvoir, peut être, quitter l'ambiance de la vieille gare. Si je parviens à gérer les découpes à la mord moi le noeud... Ils sont malins aussi de pas faire des bateaux carrés, ce seraient tellement plus simple sans tous ces arrondis. Les journées sont donc bien remplies, j'oserais presque dire que je me sens petite chinoise au fin fond d'une usine. Mes idées fixes et moi. 
 
Hier, je me suis accordée une pause yoga car quand même, on est pas en Chine bordel! Wouaw... Ca m'a fait un bien fou. J'avais oublié à quel point! En fait, le yoga c'est presque des mini-séances d'osthéo qui fonctionnent. T'es shootée pareil après. Ca va être un joli silence tiens ça, dans le quotidien! En plus, il y a des sessions à deux pas du mouillage (ou "brasses" serait plus adapté). A deux brasses, on a aussi le Burger 12. Ils font des burgers maisons pas mauvais du tout. Alors des fois, quand il fait tout gris dehors, ça s'finit par là-bas!
 

Posté par saabiinee à 00:53 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

08 août 2018

Routine en déroute...

Me voilà de retour à bord de Beluga depuis deux bonnes semaines maintenant. Étrange sensation que de réintégrer le bord. un peu comme un enfant qui retrouverait, après une période de vacances, sa chambre. Je ne les avais encore jamais quittés auparavant les oiseaux bleus qui couvrent les bannettes, le son de l'eau qui clique-tique le long de la coque, le jaune pâle et dépressif des plans de travail et le souffle salvateur du vent qui s’immisce par les hublots. Boat, sweet boat ! Fallait le quitter pour s'y retrouver. Un peu comme la Bretagne, un peu comme la Belgique. Un peu comme tous ces lieux. Ils finissent, au fil du temps, par former un mille-feuille de petits nids douillets où s'accrochent nos vies. Beluga et Saint-Martin, nouvelle couche dans le mille-feuille.

Beluga. Maison nomade, sans fondation autre que le vent et ce qu'il exige. Confort fruste où le superflu, inadapté, s'y fatigue, s'y use pour y disparaître. On écrème, on solde. Ce qui reste, bien souvent, est toujours de trop. 

Saint-Martin, petit caillou aux bordures de la mer des Caraïbes. Dernière escale présumée avant les Açores que du coup, on ne reverra pas tout de suite, les Alizés soufflant encore sur nos bouilles au vent. On avait peut-être envie de rester un peu pour se garder sous l'coude ce qu'on a raté de ce côté de l'Atlantique, laisser les passes coralliennes des Grenadines à portée de coque et les sentiers de Martinique à portée de semelles.

Saint-Martin, la décriée bien souvent. Par le fric, le crack et ce qui va avec. Saint-Martin l'artificielle comme disent certains. Car, sèche comme une bouche pateuse après un pétard, rien n'y pousse, ou pas grand chose, pas assez, pas comme ça, sans aide. Hotels et resort ineptes poussent eux par contre, ça oui. Saint-Martin la cradingue, qui ne trie rien ou presque, ni verre, ni métal ni carton ni plastique. Saint-Martin la bancale avec ces tôles en suspens et ces bateaux dématés. Saint-Martin la débridée aussi où j'ai pu admirer les plus longues roues arrière de l'histoire, sans casque évidemment. Où les gens te sourient et te parlent aussi facilement que mardi suit lundi. Où la plupart des voitures,  cabossées, meurtries, n'ont plus de vitre arrière ou n'ont plus que des trous à la place des phares, énuclées. Mais où leur klaxon communique par une palette rythmique tout aussi large que les nuanciers des magasins de peinture, où tu peux rester bloqué pendant des heures entre le bleu paon et le bleu sarcelle! C'est assez déroutant d'ailleurs au début, pourquoi s'énerve-t-elle sur moi la grosse devant là? Et en fait, non, elle n'est pas énervée du tout, elle te fait juste signe pour que tu puisses passer. Déroutant comme ce cheval qui attend patiemment son cavalier à la porte d'une pharmacie, sans selle ni bride. Déroutant comme l'iguane qui vagabonde dans une impasse. Déroutant comme ces chèvres qui entrent dans le bar et y prennent presque place car dehors la pluie bat... Puis que dedans, elle est pas mal la musique qui s'y joue! 

iguane

Alors voilà, même si la routine semble pointer à nouveau le bout de son nez à l'horizon... Jean-Sam étant déjà sur les toits et nous, les derniers membres du bord, nous rapprochant de plus en plus des salles de classe et de leur tableau noir, on est encore un peu dérouté par tout ça. Alors, est-ce qu'une routine au milieu de détails déroutants est une routine finalement? 

 

Posté par saabiinee à 19:04 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

21 mai 2018

Changement de Cap...

Beluga est toujours mouillé devant Marigot, sur Saint-Martin. Autour de nous, il y a d'autres bateaux dont certains se préparent à transater vers les Açores. Beluga était censé en faire partie. Mais ça, c'était sur le papier. Il semblerait que le voyage nous propose de demeurer voyageurs, encore un peu.
Depuis une semaine, Jean-Sam crapahute à nouveau sur les toits, des toits de tôle et non plus d'ardoises. Il a repris la route du travail, mais en annexe. Comme en témoignent les toitures éventrées et les charpentes en lambeaux, toute l'île cherche des charpentiers couvreurs après le passage d'Irma,. Ils sont accueillis sur un tapis rouge qui ferait pâlir celui de Cannes. Le fait de
rester là nous permettrait donc de renflouer nos caisses qui, suite à nos mésaventures bien connues de vous tous qui nous avez soutenus, sont décidément bien vides. Et ce, plus rapidement qu'en terres bretonnes. Nos cerveaux sont donc entrés en ébullition, les bulles c'était les questions. Le mot retour avait été utilisé, comme celui de boucle à boucler. Un poste m'attendait normalement à Pleyben, en Centre Finistère. On avait dit qu'on rentrait. On avait dit que peut-être, on vendrait le bateau. Puis si
on reste là... Est-ce que je vais devoir démissionner ? Comment sont les écoles et collèges ici ? Et puis, il y a la saison cyclonique, vivra-t-on sur le bateau ou est-ce que nous l'abriterons dans le Sud, nous vivant à terre pendant ce temps ? Ce qui n'est pas forcément mieux en cas de cyclone que de mettre les voiles une fois qu'une alerte retentit. Et si Jean-Sam seul reste là ? Est-ce que ça va être possible de vivre loin pendant un an, même si l'avion se présente comme solution ponctuelle pour se retrouver ? Toutes ces questions ont bouleversé nos nuits, nos journées. On se renseigne, on
budgétise, on trie. Puis peu à peu, ça s'organise. Ça s'éclaire. Un chemin semble se dessiner.
Le plus étonnant, c'est que face aux possibilités, on espérait un peu, secrètement, au fond de nous, que des portes se ferment d'elles-même. Que certains choix soient rendus impossibles par l'administration. Que finalement, notre liberté soit un peu contrainte. C'est plus simple, ou du moins, ça peut faire l'effet d'une soupape pour un cerveau sous pression. Mais non, jusqu'ici, aucune porte ne s'est fermée. Alors, même s'il n'y aura pas de choix parfait, c'est chouette et troublant à la fois car, au bout du compte, il nous revient et en même temps, on en est responsables.
Il semblerait que les enfants, peu à peu, l'aient intégré. Malo hier, alors qu'on discutait ensemble de tout ça, s'exclame en guise conclusion...
« Oh, ben, c'est ça, la vie, non ?
- Comment ça ?
- Ben, changer d'idée, changer de plan ! Il y a une semaine, on croyait qu'on allait traverser vers les Açores, et maintenant, on pourrait bien rester là ! »
Alors voilà, ce n'est pas facile pour eux tous les jours. Ils n'ont à proximité ni famille ni copains fixes, tout comme nous. Mais ils ont ce petit truc en eux, dirait-on, qui commence à pousser...
Reste à savoir si on rentrera dans toutes les cases de la demande de dispo... Dans ce cas, on adaptera à nouveau le cap à prendre !

Posté par saabiinee à 23:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


06 mai 2018

Dernière case caribéenne

Nous voilà à Saint-Martin. On l'avait quittée il y a un peu plus d'un an, juste avant la saison cyclonique. On est repassé devant Polypat, on a été se baigner à Baie Rouge mais Val n'y était plus, on a bu une bière au sous-marin où on a retrouvé Paula et son mari, on a lancé des machines chez la mer Denise, on s'est arrêté à l'île marine où Bernardine nous a accueillis de son large et généreux sourire et où on a recroisé Lomig. A chaque pas, on croise des traces d'Irma. Tout est marqué de son sceau. Les lieux et leurs ambiances, les gens et leur parole. Il y a des déchets de partout, de toute taille, en bois, an plastique, en métal, en on sait pas quoi. Beaucoup de cocotiers ont perdu leur tête ou se sont couchés ou les deux. Comme de nombreux panneaux publicitaires, antennes, réverbères ou autres poteaux normalement destinés à la verticalité. Maisons, immeubles, pavillons en morceaux. Toits disparus, charpentes en douleur. Tribunes de stade soufflées. Tetris géant de voitures ravagées le long de certaines routes bordées de terrains qui sont devenus, après Irma, un peu vagues. Certains endroits sont comme miraculés, une végétation épanouie et confiante, un toit étonné d'être encore là, un portail arraché éventuellement. Dans le lagon, des épaves gisent un peu partout. Retournées, on ne voit que leur coque. Éventrées, elles attendent sur un bout de plage, sur un amas de cailloux, entre les piles d'un pont ou sur un haut fond. D'autres jouent au Tetris géant avec les voitures le long des routes ou sur d'anciens chantiers. La marina du lagon n'est plus. Plus de pontons, plus de capitainerie... Seulement quelques aménagements de fortune qui permettent peut-être de remplir les réservoirs. Ils résonnent un peu comme cette table sur tréteau de l'aéroport où une hôtesse a barré le nom de Charlotte qui devait embarquer pour son vol vers l'Europe, avant de la laisser entrer dans une « salle » destinée aux départs, une espèce de tente améliorée où elle a pu enregistrer ses bagages. 

Avec elle, on a profité, sur Marie-Galante, de l'anse Canot où nos pieds nus ont à nouveau foulé du sable blanc et certains pieds sautés du bateau.

IMG_20180425_212218

De Gwanbour, nos chaussures sont parties arpenter des sentiers menant au travers de champs de canne, bordés de gigantesques manguiers et cocotiers dont on a ramassé les fruits qui se sont vite jetés sur nos papilles.

IMG_20180424_152811

On a pris un coffre aux Saintes à Terre de Haut, puis un autre à l’îlet Cabri. Ça sentait presque les côtes du Sud, ou de la Corse.

31961725_10216689971949750_4983670447284420608_n

Beluga est ensuite remonté vers la côte sous le vent de la Guadeloupe, Charlotte, notre nouveau mousse, aussi fringuante qu'un marin au long cours ! A Rivière Sens, on a retrouvé Moana et son équipage qu'on avait plus vu depuis notre première escale aux Canaries, sur Santa Cruz de Tenerife. 

31924477_1848449341846044_4238478825266085888_n

Ils nous ont menés de cascades en cascades où petits et grands ont nagé dans une eau douce comme du lait. Puis dans des bains chauds nourris par les entrailles de la Soufrière. Emballées par une aurore plus lumineuse qu'un vitrail, Charlotte et moi avons grimpé sur la vié madanm. Elle nous a gâtées de quelques panoramas dégagés mais dont les arcs-en-ciel prédisaient des ondées. On y a eu du brouillard, une pluie torrentielle et le cratère est resté secret. Mais le sentier à lui seul, valait le sommet. Avec ses mousses aux couleurs improbables, ses plantes presque baroques, ses rochers gros comme des robes de mariée en mode guimauve!

31530464_10216690627726144_1095620623629025280_n

Moana et Beluga nous ont menés jusque Malendure et l'îlet Pigeon où tortues et poissons tropicaux ont rempli nos masques. Puis Moana est reparti vers le Sud, Beluga vers le Nord de la Guadeloupe... C'était court, juste trois jours. Mais c'était chouette de se revoir.

IMG_20180501_173903

On a terminé par une jolie nav de nuit entre Deshaies et Philipsburg. Charlotte a pu plonger dans les rayons du soleil couchant, une lune rousse et le plancton phosphorescent qui faisait écho aux étoiles. On est arrivé juste à temps pour passer le pont. Il ne restait plus qu'une nuit à Charlotte. C'est passé tellement vite tout ça. On voyait son départ un peu comme le glas de notre passage caribéen. Nos connexions internet sont vouées à la météo de la transat retour, vers les Açores. On regarde vers l'Est maintenant. Mais on a encore des gens à voir, des bouches à écouter nous parler d'Irma. Ce soir, on a rendez-vous avec Patrick, Sonia et Titouan. 

31957864_10216690638806421_8291579053786267648_n

Posté par saabiinee à 14:02 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

06 avril 2018

Sur la route...

Cliquez et partagez si ça vous dit!

 

http://www.routard.com/experiences-routard-interview-voyageur/cid136923-interview-aventure-famille-transatlantique-beluga.html

L'aventure d'une famille nombreuse autour de l'Atlantique à bord du Beluga

Nous avons repéré cette aventure sur le site de crowdfunding Ulule. Ce Club des cinq a décidé de réaliser une transatlantique en septembre 2017. Une avarie immobilise le voilier actuellement, un crowdfunding est en cours pour les aider à terminer ce périple solidaire. On vous présente les Capitaines et ses moussaillons.

http://www.routard.com

 

Posté par saabiinee à 20:04 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

In progress...

20180406_093711

20180406_102641

20180406_102456

Posté par saabiinee à 15:48 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

03 avril 2018

Parce que...

...ça fait trop longtemps que Beluga est à sec, qu'on n'entend plus sa vague d'étrave chanter, que l'alarme de notre réveil de quart est silencieuse, que les oiseaux marins ne volent plus autour de nous, que le soleil ne se fait plus engloutir par le bleu quand la nuit tombe, qu'on n'a pas vu de dauphins et que notre ligne de traîne ne traîne que de la poussière de chantier qui collent à nos semelles au lieu d'un sable blanc et fin à nos pieds. 

Parce qu'être scotché sur un terre-plein positionne nos pensées dans un espace-temps qui semble sans fin, un peu comme par un jour de pluie, on a du mal à se projeter sous le soleil! 

On vous a pondu une petite vidéo de notre transat sur Beluga... On était sept cette fois-ci, Quentin et Nina étant montés à bord au Cap Vert, pour soulager nos nuits de quart et partager toutes ces petites choses qui paraissent tellement loin aujourd'hui!

Merci encore à tous ceux qui nous soutiennent, moralement, financièrement ou les deux! Elle est un peu longue cette vidéo, sans doute parce que, ici aussi, c'est un peu long! 

 

Traversée Atlantique, Maracuja 42

Posté par saabiinee à 16:45 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

24 mars 2018

Chirurgies nautiques...

 

29527627_1804664322891213_968784102_o

Wouaw! Merci à tous pour vos contributions! Nous avons atteint le premier palier... 

Tout centime supplémentaire ira dans la dérive qui permettra à Beluga de redevenir lui-même. Justin, notre soudeur, réfléchit beaucoup car c'est une pièce maîtresse délicate! On en a encore pour une semaine au moins avant de la voir dans la bedaine de Beluga.

Alors, en attendant...

 

Chirurgies nautiques

Posté par saabiinee à 19:06 - - Commentaires [2] - Permalien [#]